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L'Albanie en caravane

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14 août 2014

1 600km pour finir

Voilà. Comme le dit Louna, voici venu le temps des « quitailles ».  Nos compagnons prennent la direction du Durmitor, nous, nous sommes partis pour  plus de 1 600km de remontée.  Nous n’avons pas prévu grand-chose, juste rouler le plus longtemps possible pour se rapprocher au mieux de la maison. Malgré les ralentissements estivaux sur Herceg Novi, nous parvenons à la frontière croate sans mal. Les enfants regardent « Le maître d’école » sur la tablette, et nous rions d’entendre les répliques de Coluche. Un bon moyen pour les gosses de ne pas paniquer à l’idée de la rentrée. Surtout Louna qui va sauter sa classe de Ce2 et être catapultée en Cm1 dans 15 jours. Surprise par notre attelage, la douanière croate nous demandera ce que nous traînons derrière nous. La même scène se répétera en Slovénie. Nous échappons tout de même à la vérification et à l’ouverture au péage de la pliante. Une remontée sans trop d’histoire de cette fabuleuse côte dalmate. Mis à part que je me rends compte après une paire d’heure de route, que mes clignotants sont inversés. Nous piqueniquons dans la baie de Slano. Un vent chaud venant du sud, style sirocco nous décoiffe. Nous hésitons à nous baigner une dernière fois, mais l’idée de terminer ce long voyage couvert de sel nous décourage. C’est juste après l’enclave Bosnienne et les marais de la Neretva que nous lâchons la route nationale, la Magistrale, pour emprunter l’autoroute croate. Une nouvelle portion a été terminée depuis l’an dernier. Elle file à l’intérieur des terres, délaissant la mer. Les kilomètres s’enchaînent. Une pause dans l’aire om nous étions quittés avec Pierre-Yves et Laurence l’été dernier, juste avant de prendre le plus fabuleux bouchon de nos périples. Cinq heures pour effectuer les 80 bornes entre Rijeka et Trieste. Rien de tel, cette fois-ci. C’est fluide et nous passons la Slovénie et Trieste sans encombre. Il se fait tard, et comme Sophie se remet doucement de sa maladie et qu’elle n’a pas très envie de conduire toute la nuit, nous décidons de dormir sur une station d’autoroute. Ce n’est pas glamour, mais avec la caravane, c’est pratique. Même pas la peine de dételer. Je mets juste à niveau et nous pourrons dormir entre deux 38 tonnes. Bien sûr, après l’histoire des gens de Digne, je ne suis pas tout à fait rassuré. Mais finalement nous nous reposerons quand même.

 

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Au réveil, et vu que nous nous trouvons à deux pas de Venise, je propose que nous fassions un arrêt pour visiter la sérénissime, nous rentrerons demain. Mais, unanimement, mes trois acolytes refusent. Tout le monde veut regagner ses pénates. C’est donc le moment d’enfiler les villes italiennes comme des perles. Traverser les Alpes par le tunnel du Fréjus, rejoindre notre rivière, l’Isère, et se laisser glisser jusqu’à la maison. Et une nouvelle année commence.

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13 août 2014

Perast, la sublime

Dernier jour de notre périple. Sophie qui n’était déjà pas dans la forme de sa vie hier, est aujourd’hui carrément à plat. Nausées, diarrhées, courbatures, manque d’énergie, mal de crâne, il s’en faut de peu pour que nous allions faire un tour à l’hôpital. Décidemment, le Monténégro ne lui réussit pas. L’an dernier, il avait déjà fallu faire un tour aux urgences. Au retour, et après analyse poussée, elle avait contracté une vilaine bactérie qu’elle a dû évincer à coups d’antibiotiques.
Ce matin, alors que nos amis bourlingueurs sont partis à l’assaut des remparts de Kotor, nous restons bien sagement au camping. Les enfants en profitent pour dessiner sur des cailloux qu’ils mettront en vente dans les allées du camping. Et contre toute attente, certains vacanciers achèteront leurs œuvres d’art. Le meilleur jeu des vacances.

 

Camping Morinj
On fait des affaires


Avec courage, Sophie se fait violence, et nous allons visiter Perast, une petite bourgade en contre-bas de la route de Kotor. Merveilleuse petite cité, où les palais renaissance des anciens marchands et armateurs s’immergent sous les pins maritimes et alignent leurs belles façades le long de la mer au bleu profond. Cette richesse architecturale, que l’on retrouve aussi dans les nombreuses églises de ce tout petit village, atteste de sa grandeur passée. La vue sur les montagnes au fond de la baie, notamment le Mont Lovcen est remarquable. C’est vraiment magnifique. Un lieu intact d’où la voiture est bannie. Face aux quais, à deux coups de rame de canoë, deux petits îlots sont occupés par une église et un monastère. Sophie reprend un peu de forces, je me demande comment avec cette chaleur accablante. Pendant que je vais rechercher la voiture, garée au sommet du village, les gosses en profitent pour piquer une tête dans l’eau magnifique.

 

Perast

Perast

Perast

Perast Perast

Perast

Perast

Perast Perast

Perast

Perast

Perast

Perast

Perast
Sublime Perast

 

Comme convenu, nous retrouvons les autres au pied du fort autrichien sur la crête du Vrmac, elle sépare la baie de Kotor de celle de Tivat. A 500m d’altitude, dans une pinède impressionnante, nous pouvons piqueniquer avec un peu de fraîcheur. 

 

Vrmac
La pinède du Vrmac

 

Nous voulons profiter une dernière fois de la mer pour notre dernière journée. Direction la péninsule de Lustica, qui ferme les bouches de Kotor. Mais je me trompe de route et au lieu de nous retrouver sur une plage que nous avions appréciée l’an dernier, nous parvenons à travers le maquis à un tout petit village, Bigovo, situé dans une petite anse de la péninsule. Nous trouverons tout de même une sorte de plage bétonnée au bout d’un sentier. Un endroit presque intact. Seules quelques villas nouvelles poussent dans le vert maquis. En arrière-plan, les sommets montagneux du Lovcen, et devant nous, une mer cristalline plein de petits poissons et quelques oursins. Une véritable piscine naturelle. Le lieu parfait pour terminer ses vacances et ne pas penser que demain, il faudra rentrer.

 

Lustica Lustica

Lustica

Lustica

Lustica
Dernières baignades

12 août 2014

Kotor, destination touristique

Nous profitons un peu de la plage toute proche du camping. Vraiment, il est difficile de se faire à l’idée que nous sommes à la mer. Les montagnes qui s’élèvent sur nos têtes, le calme plat des eaux, les plages de galets, tout semble indiquer que nous sommes sur un lac.

 

Camping Morinj
Campement

Bouches de Kotor
La mer comme un lac

Bouches de Kotor
Sur le bac


Les bouches de Kotor, quitte à se répéter, sont un site naturel de toute beauté. A partir de l’embouchure du côté de Herceg Novi, la mer pénètre l’intérieur des terres sur quelques kilomètres, formant plusieurs baies naturelles. Celle de Tivat est la plus large, elle se termine par un chenal étroit qui ouvre ensuite sur deux anses, celles de Risan à l’ouest et celle de Kotor à l’est. Sur les berges pentues se sont développés quelques villages et villes portuaires dignes d’intérêts : Herceg Novi, Tivat, Risan, Perast et bien sûr Kotor. Bien entendu, inutile d’imaginer être seuls au monde en plein été. Les Bouches deviennent une destination prisée, et elles le méritent. Mais l’afflux touristique ne gâche pas (encore) le plaisir de se balader dans ce coin de paradis. Encore que, lorsque les bateaux de croisière démesurés lâchent leurs passagers dans les ruelles de la médiévale cité de Kotor,  il devient très difficile d’apprécier les vieilles pierres de la ville. 2 à 3000 personnes débarquant d’un seul coup dans une cité comprenant un peu plus d’un millier d’habitants à l’année, je laisse imaginer le tsunami. Pas l’idéal pour Pascal et Karine qui ne sont vraiment pas adeptes de bains de foule. Heureusement, pour rejoindre Kotor, nous embarquons sur le petit bac qui traverse le chenal de Lepetani ( qui tire son nom de « le putane », à une époque où les marins retrouvaient les filles de joie à l’endroit le plus étroit des bouches) pour rejoindre la rive sud de la branche de Kotor. C’est la plus belle des Bouches, la plus authentique. Pascal et Karine en tombent amoureux et reviendront à la fin de leur voyage se poser quelques jours dans un camping du coin. C’est vrai qu’avec ses maisons aux pierres apparentes, ses toits de tuiles rouges, ses petits ports privés, ses églises à la simplicité romane, ses eaux limpides, cette rive sud est un condensé de ce qui se fait de plus beau dans le coin.

 

Bouches de Kotor

Bouches de Kotor

Bouches de Kotor

Bouches de Kotor
La rive sud

 


Kotor se niche à l’extrémité de sa baie, protégée par les monts Lovcen et la profondeur de sa baie, elle s’est dotée d’une muraille impressionnante de plus de 4km qui s’agrippe aux pentes dominant la cité. Kotor, sous domination vénitienne pendant plus de trois siècles, a su garder intacte ses palais, petites places, loggias, ornementations, hérités de la Sérénissime. Alors, bien sûr, il faudrait pouvoir la visiter hors saison, quand les rues ne sont pas une unique terrasse de bar/restaurant, mais son patrimoine, avec notamment son mélange d’églises catholiques et orthodoxes, méritent amplement les désagréments de la grande foule. La ville est petite, mais elle offre encore quelques possibilités de s’égarer dans son dédale de ruelles, de franchir une cours intérieur insoupçonnée, ou d’admirer un point de vue d’une terrasse isolée.  Puis, le soleil vespéral qui enlumine les falaises au-dessus des toits est un pur régal pour les yeux et rien que cette vision ne laisse aucun regret.

 

Kotor

Kotor

Kotor

Kotor Kotor

Kotor

Kotor

Kotor Kotor

Kotor

Kotor
Kotor, la petite Dubrovnik

11 août 2014

A la vitesse de l'escargot

Soyons fous. Nous décidons de passer par la rive sud du lac (1), celle-là même qui nous avait enchantés par sa beauté l’été dernier. Je suis content que nos compagnons de voyage puissent voir cette partie, si différente de celle où nous sommes. Par contre, pour l’avoir déjà pratiquée, je sais que ça ne va pas être une balade tranquille avec la caravane. Ce ne sera pas une surprise et sans eux, je ne me serai pas engagé. Le fait de les avoir devant nous, nous préviendra des dangers, des croisements limites. Si nous devons dételer, ce sera plus facile de le faire à quatre. N’empêche, j’arriverai au bout de la journée formidablement harassé par la tension nerveuse que suscitera cette route. Des coups de folie comme ça, il ne faut les faire qu’une seule fois.
Mais revenons au départ. Nous traversons Shkodër une dernière fois, parmi ses piétons, ses vélos, ses charrettes et sa sympathique confusion. Avec Sophie, nous avons l’impression de quitter une vieille amie. Cette année, la queue de voitures, ce sera pour rejoindre le Monténégro, décidemment, nous sommes toujours dans le flot. En parcourant ces 30 km qui nous avaient tant impressionnés en juillet dernier, nous constatons comme nous nous sommes habitués à ces « paysages » albanais. Aujourd’hui, alors que nous quittons le pays, nous ne pouvons que nous étonner de trouver cette partie presque cossue…
Passage de la frontière sans histoire, avec toujours les gitans sur le bord de la route. Une femme en profite même pour assoir son bébé sur la caravane en attendant que nous redémarrions. Des loustics s’accrochent aux fenêtres, font des grimaces et s’amusent à faire les pitres. Mais rien à faire avec nous, nous ne sommes pas de bons clients.

Shkodër

Shkodër

ShkodërDernières images de Shkodër

Nous voilà donc sur cette minuscule route qui longe le lac Skadar sur toute sa longueur. Le paysage est époustouflant, vraiment à couper le souffle. A chaque croisement, moi aussi, je retiens ma respiration. Je lorgne dans le rétro les roues de la caravane qui flirtent avec le vide. J’opte pour une tactique toute défensive. Quand nous croisons un véhicule, je me serre au maximum, et je laisse l’autre manœuvrer. Plutôt épique quand il s’agit d’un camping-car. Heureusement que Pascal est devant, il peut avertir les usagers de notre présence… indélicate. La route serpente à flanc de coteau, pénètre à l’intérieur des terres où les villageois font pousser du tabac, traverse de belles forêts de châtaigniers, se perd dans le maquis.

 

Lac Shkodra

Lac Shkodra

Lac Shkodra

Lac Shkodra

Lac Shkodra

Lac Shkodra

Lac Shkodra

Lac Shkodra

Lac Shkodra

Lac Shkodra
La petite mais merveilleuse route qui longe le lac Skadar

 

A la vitesse de l’escargot, nous arrivons à Virpazar, porte d’entrée touristique du lac. Courses rapides et pique-nique sur des bancs du petit village. Loupé l’an dernier - ils dormaient -  nous buvons un verre sur un bateau-pirate pour le plus grand plaisir de Louna et Ivann. Il faut poursuivre vers Rijeka Crnojevica par une route encore très étroite. Le lac laisse progressivement place à la rivière qui l’alimente. Les eaux sont envahies de nénuphars. Bien que la fatigue commence à se faire sentir, le paysage apaise. Impossible de passer à Rijeka sans jeter un œil au point de vue qui se trouve un peu plus haut, même si ce n’est pas la bonne direction. Emblème de tous les prospectus touristiques du Monténégro, le site est remarquable. La rivière forme un méandre qui s’enroule autour d’un piton rocheux. Il y a de quoi être émerveillé. Après quelques manœuvres délicates je parviens tout de même à faire demi-tour et reprendre la bonne route. Pascal est déjà devant quand je croise un bus. Ça ne passe pas. Le chauffeur utilise ma tactique. Il ne bouge pas. Je suis obligé de dételer. Nous parvenons à libérer un espace minuscule pour que le bus puisse s’engouffrer. Coup de chaud assuré. La route désormais est un peu plus large, mais c’est une route de montagne.

 

Virpazar

Virpazar

Virpazar
Pause à Virpazar

Lac Shkodra

Lac Shkodra

Lac Shkodra

Lac Shkodra
La rivière qui alimente le lac Skadar

 

 

Ça grimpe sec jusqu’à Cetinje, l’ancienne capitale du Monténégro, aujourd’hui une petite cité endormie. Il ne reste plus beaucoup de kilomètres jusqu’à Kotor, mais il faut gravir un col à 1 100m dans le massif alpin du Lovcen, puis basculer vers les bouches de Kotor par « l’échelle » éponyme. Une route tout en épingle qui rejoint les rivages de la mer. Encore un décor grandiose pour cette sorte de fjord méditerranéen. Kotor se cache dans l’ombre du soir. Nous n’avons parcouru qu’un peu plus de 100 km, alors que nous sommes sur la route depuis 10h. Autant dire que nous sommes bien claqués ce soir.

 

Mont Lovcen

Bouches de Kotor

Bouches de Kotor
Les bouches de Kotor

 

Nous retrouvons le camping où nous avions passé quelques jours l’été dernier. Problème, il est tard quand nous arrivons et le boss nous fait rentrer aux forceps sur deux petits emplacements. Pascal et Karine ne prennent même pas la peine de monter leur grosse toile. Ils utilisent leurs deux petites Quecha deux places. En comparaison avec le camping en Albanie, ici, la promiscuité est garantie. Avec la forte chaleur, la petite rivière où s’écoule une eau très fraîche forme une nappe de petite brume sur la surface de la mer.

 

Camping Morinj
Brume au camping


Forcément tous fatigués par le trajet, nous terminons la journée dans un petit restaurant du village où, comme un bon vieux souvenir, l’électricité vient à manquer deux ou trois fois au cours du repas.

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1 : Parcours

Kotor

10 août 2014

Les Alpes albanaises

Nous partons à la rencontre des Alpes Albanaises pour notre dernière journée dans le pays. L’appellation d’Alpes n’est pas galvaudée. Ce massif qui s’étend entre trois pays, Albanie, Kosovo et Monténégro est un parent proche des Dolomites italiennes ou du massif du Triglav slovène. Les forêts recouvrant les pentes laissent place à des très hautes falaises calcaires d’apparence inaccessibles. Ce contraste entre le minéral et le végétal est un délice pour les yeux et une terre d’aventure pour les randonneurs. Des centaines de sommets dépassent les 2 000m, avec un point culminant à 2 694m. Voici sans aucun doute les montagnes les plus vierges d’Europe. Pendant longtemps, ces massifs qui renferment en leurs seins des vallées étroites et retirées du monde, ont vécu sous la loi du Kanun et de son aspect le plus archaïque, la vendetta. Le Kanun est un code légal et moral qui régularisait tous les aspects de la vie sociale. Pierre angulaire de ce droit coutumier, la « vendetta » ou plus précisément la « prise de sang » en albanais. Ce système de vengeance familiale complexe était codifié de manière rigoureuse. Son aspect irrévocable entrainait des familles ennemies à perpétuer au fil des générations cette cascade de vengeance sans fin. Sans aucun espoir de réconciliation, puisque un crime de sang ne pouvait être vengé que par le sang. Une fois de plus, c’est Kadaré, à travers son « Avril brisé » (1) qui a le mieux décrit cette coutume que les différents pouvoirs centraux albanais ont tenté de réprimer. C’est dans cette région qu’on peut voir des sortes de tours de pierres (des Kula) où s’enfermaient les personnes visées par la vengeance. Sans ouverture au rez-de -chaussée, seule une échelle permettait de rentrer à l’intérieur de la tour. Presque disparue à la période communiste, cette tradition a refait surface de façon spectaculaire dans les années 90.

A partir de Shkodër, la seule route carrossable qui atteint l’intérieur du massif passe par Bogë pour atteindre le parc National de Theth. Jusqu’au petit village de Bogë, la route, bien qu’étroite, est en bonne condition. Elle s’insinue au cœur de la montagne en suivant un cours d’eau asséché. Pour rejoindre Theth, il faut passer un col. Au moment de notre passage, la route était en travaux. Le tablier de gravier posé, il ne manquait plus que le goudron. Nul doute que l’été prochain le col sera praticable sur ce versant.

 

Alpes albanaises

Alpes albanaises
Aux pieds des Alpes

Alpes albanaises

Alpes albanaises
En montant au col


Mais avant de grimper au col, il nous faut manger un bout. Nous nous faisons alpaguer par une mémé qui nous invite dans son tout nouveau restaurant/gîte/refuge. Elle nous prépare une assiette viande/frittes/salade tout en donnant des bonbons, sodas et autres friandises aux enfants. Au fond du jardin, un groupe d’hommes est en train de boire du raki en accompagnant quelques grillades. Nous passons un agréable moment jusqu’à ce que la note arrive. Là, le patron, appelé par la mémé, dérangé dans ses libations avec ses acolytes, nous concocte une addition des plus salées. La plus salée de tout le voyage. Plus salée que les repas servis au restaurant du camping. C’est dire. Oh, rien de bien extraordinaire pour notre portefeuille, mais un peu plus pour notre porte-ego. Un peu l’impression de s’être fait berner comme des bleus du voyage. Parfois, il faut savoir demander le prix avant de s’assoir. La mémé semble embêtée et nous offre bières et sodas. En compensation ? Dommage, il ne faudrait pas que les nouveaux touristes deviennent les vaches à lait de quelques personnages peu scrupuleux. De toute façon, inutile de se braquer. Au fond du jardin, les types sont bien baraqués et bien éméchés. Et nous sommes dans cette Albanie du nord, où, il y a encore peu, il était déconseillé de voyager. Autant faire preuve de prudence.  
Au col, à plus de 1 700m, le paysage qui se dévoile est formidable. Les hautes barrières calcaires forment un cirque montagnard autour de la vallée de Theth que l’on devine tout en bas. Nos amis vont se dégourdir les jambes sur un des sentiers qui partent du col. Nous, nous optons pour la balade en voiture. Nous prenons la direction de Theth. Mais la route est vraiment limite avec une routière. Très étroite, pas goudronnée, elle dévoile des précipices impressionnants. Nous cahotons une paire de kilomètres jusqu’à un belvédère avec une stèle. Toute la vallée de Theth se découvre ainsi que le sentier qui la relie à la vallée de Valbone, l’autre site phare des Alpes albanaises.

 

Alpes albanaises

Alpes albanaises

Alpes albanaises

Alpes albanaises

Alpes albanaises

Alpes albanaises

Alpes albanaises

Alpes albanaises

Alpes albanaises

Alpes albanaises
Paysages grandioses des Alpes Albanaises

 

D’ailleurs, un sublime circuit de trois quatre jours peut être effectué à partir du camping. Il faut rejoindre Theth avec un des minibus qui parcourt la vallée, atteindre Valbone en randonnée puis Fierze en bus avant de terminer la balade sur le ferry régulier du lac Koman. Un périple à faire avant que les Alpes Albanaises ne deviennent trop touristiques. Il existe aussi une route de 80km qui permet de faire le tour du massif en VTT à partir du camping. C’était l’un de mes objectifs, mais j’ai trop peu roulé pour m’aventurer – et seul – dans cette excursion qui doit demander un peu de force dans les mollets. Voici en tout cas quelques projets qui s’accumulent pour les années à venir.
De retour au camping nous jouissons encore d’un dernier coucher de soleil spectaculaire et d’un repas au restaurant. Demain, nous quitterons l’Albanie. Nous prendrons la direction des bouches de Kotor au Monténégro.

 

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1 : Avril Brisé

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9 août 2014

Croisière au lac Koman

Disons-le d’emblée, nous aurions dû nous débrouiller tout seul. Ce n’est pas que la croisière en elle-même soit une arnaque, le site vaut largement le coup, mais la prestation n’est pas à la hauteur. Un petit mot sur le lac Koman. Pour accéder à l’indépendance énergétique, l’Albanie d’Enver Hoxha développe dans les années 70 son réseau hydroélectrique. Plusieurs barrages sont ainsi construits sur les puissants cours d’eaux du pays. Le lac Koman est l’un d’eux. L’Albanie produit l’une des électricités les plus écologiques d’Europe. Malheureusement, encore insuffisante pour les besoins croissants de sa population. Situé à une quarantaine de kilomètres de Shkodër, la haute digue du lac Koman fait barrage sur le lit du Drin. Pendant plus de 35km, la rivière se faufile alors entre des sommets déchiquetés jusqu’à la ville de Fierze, aux confins du Kosovo. C’est un paysage grandiose, absolument de toute beauté, au potentiel touristique indéniable et totalement, pour l’instant, inexploité.
A neuf heures du matin, deux voitures nous prennent en charge, tous les huit, plus un couple allemand. Nous effectuons un arrêt dans un petit supermarché de Shkodër pour acheter de quoi faire un pique-nique. Puis, direction le barrage. La route étroite est de plus en plus mauvais état, à mesure qu’on se rapproche de la destination. Nous mettrons deux heures pour atteindre le barrage et embarquer sur une longue barque à moteur. Comme le retour au camping est prévu pour 15h, nous resterons moins de deux petites heures sur la rivière. Nous étions censés faire une pause sandwichs-baignade, mais le type qui nous guide, nous lâche sur le bord de la rivière, dans un endroit salis par les déchets, en plein soleil, sans une once d’ombre. Pascal et moi sommes les seuls à pouvoir piquer une tête. De retour sur le bateau pour manger à l’ombre sous le voile tendu de la barque, le gars redémarre aussitôt, pensant sans doute que nous en avions assez, ou alors pris par le timing trop serré de l’excursion. Ainsi, nous avons passé quatre heures en voiture pour ne voir que la moitié du défilé. Dommage. Parce que c’est un site qu’il ne faut absolument pas manquer lors d’un voyage en Albanie. Il y a encore peu, c’était l’unique voie de communication, du moins la plus rapide, pour relier Shkodër et Fierze. Des ferries embarquaient véhicules et passagers. Aujourd’hui, grâce à la nouvelle autoroute qui file sur le Kosovo, les véhicules ont délaissé le Drin. Il existe toujours une liaison quotidienne pour piétons (vélos et motos sont acceptés), mais il semble peu probable de faire l’aller-retour dans la même journée à partir de Shkodër, à moins de se réveiller aux aurores. Une autre possibilité est de réserver sa place sur le bateau d’une petite agence, Mario Molla, qui organise aussi des excursions sur le lac Koman. Elles ont l’air plus complètes que la nôtre.
Toujours est-il que malgré cette petite déconvenue, les paysages formés par la rivière puis le barrage, sont spectaculaires. Même la partie sur la route est tout de même très intéressante. Elle serpente en corniche au-dessus des eaux vertes, traverse parfois quelques hameaux du bout du monde, permet de voir des fermes totalement isolées sur des pentes improbables. Bien sûr, hydroélectricité oblige, de gigantesques Goldoraks d’aciers viennent un peu gâcher les perspectives. Au pied du barrage, il existe même un petit camping. Il est très pratique pour qui veut profiter pleinement du lac Koman, faire l’excursion avec Mario Molla ou tout simplement prendre la navette régulière pour Fierze. Par contre, comme c’est le pied du barrage, le paysage est abîmé par les centrales électriques, des chemins pierreux travaillés par les bulldozers, des vieilles maisons d’ouvriers en béton en mauvais état, le tout dominé par l’immense muraille du barrage. Bref, c’est plus un paysage industrieux que sauvage. Pour prendre le bateau (les bateaux) il faut traverser un tunnel.

Lac Koman

Lac Koman

Lac Koman Lac Koman
Sur la route du lac Koman, vallée du Drin

Lac Koman
Le barrage sur le Drin

 

La croisière proprement dite débute juste de l’autre côté. Comme dans un fjord, on se faufile entre les très hautes falaises de calcaires blancs, domaine des aigles. Plusieurs torrents de montagne et même des rivières plus conséquentes viennent alimenter le lac. C’est extrêmement sauvage, et pourtant, partout où se pose le regard on devine des fermes en grosses pierres et toits de lauzes qui s’accrochent aux pentes abruptes. Quelques lopins de terre cultivés, une bête par-ci par-là, des meules de foin en poire. L’isolement est total, et pour les riverains du Drin, la rivière est le seul lien de communication avec le monde extérieur, leur cordon ombilical. C’est luxuriant et aride à la fois. L’eau verte, le feuillage des chênes, les touffes herbeuses des bosquets contrastent avec les falaises grises, les cailloux, les grosses pierres, omniprésents dans le paysage. D’abord très large, le lit se resserre ensuite entre des falaises qui culminent 1 000m plus haut. C’est saisissant, vertigineux. Au fond, c’est tellement beau, que cette courte excursion nous laissera des regrets. Nous aurions aimé poussé plus loin, arriver au bout du fjord. Tant pis, nous aurions dû prendre un peu plus de temps pour nous organiser.

 

Lac Koman
Croisière sur le Drin

Lac Koman

Lac Koman Lac Koman

Lac Koman

Lac Koman

Lac Koman Lac Koman
Paysages sur le lac Koman

 

 

 

De retour au camping, nous laissons filer la fin de journée entre baignade et jeux. Les couchers de soleil sur le lac sont exceptionnels. Les montagnes monténégrines se découpent en ombres chinoises pendant que le soleil, en se reflétant dans l’eau, colorie le lac en orange et éclaire les Alpes Albanaises derrière nous. Demain, nous irons faire une petite balade en leur cœur.

 

Lac Shkodra

Lac Shkodra
Crépuscule au camping

 

8 août 2014

Ciel de plomb sur Shkodër

Se lever un peu vaseux - pour cause de rakis - piquer une tête dans le lac, c’est une agréable façon de se réveiller et de reprendre un peu ses esprits. Après un mois de dépaysement total, nous avons l’impression dans ce camping de retrouver nos repères occidentaux. Bien que, faut-il encore le souligner, tous ceux où nous avons séjourné étaient de très bons campings, parfaitement bien entretenus. Mais il est vrai que le Resort est une catégorie au-dessus. Une belle pelouse bien verte grâce à un arrosage constant, une série d’emplacements sous les canisses pour ne pas trop souffrir de la chaleur, des sanitaires impeccables tout en carrelage, un petit restaurant où nous prendrons l’habitude de manger tous les soirs, une petite plage aménagée avec soin, parasols et hamacs pour passer le temps. Le camping organise également des excursions dans le coin, notamment dans les gorges du lac Koman et dans les Alpes albanaises, lieux difficilement accessibles.  Nous utiliserons d’ailleurs leurs services, le lendemain.

 

Lac Shkodra

Lac Shkodra
Petit matin sur le lac



Nous rejoignons Shkodër tous ensemble pour y déjeuner. L’année dernière nous avions passé un après-midi dans cette grande ville du Nord. C’est un peu elle qui nous a donné envie de découvrir plus profondément l’Albanie. C’est tout à fait étrange de repasser ici, en fin de voyage. Shkodër qui dévoilait à nos yeux toute son albanité, nous paraît aujourd’hui presque policée, occidentalisée. Enfin, ce n’est quand même qu’une impression, parce que la ville grouille quand même. Aux yeux de nos amis, elle offre bien sa dimension orientale. A Shkodër, ce qui surprend beaucoup quand on arrive, ce sont le nombre de vélos qui circulent. Jeunes, vieux, femmes, enfants… chacun zigzague dans les rues au milieu de la circulation, des piétons ou des charrettes tirées par des mules.
Tous réunis au pied de la mosquée Ebu-Bekr, le symbole de la ville, nous rentrons pour la visiter. Le gardien, assoupi dans sa guérite, est le même que l’été dernier. Il hésite un instant à nous autoriser à rentrer - nous sommes tous en shorts, femmes comprises - mais il cède facilement. Petit topo bien rôdé sur l’architecture, le mihrab, les sourates du Coran, l’étage réservée aux femmes.

 

Shkodër

Shkodër

Shkodër

Shkodër Shkodër
Shkodër, ses rues, sa mosquée

 

Nous parcourons la belle rue piétonne du centre, avec ses façades au style middle Europa, ses terrasses de cafés et son animation joyeuse. Nous posons nos fesses sur une superbe terrasse d’une cour intérieure pour un repas frugal. Il fait encore très chaud aujourd’hui. Pour laisser filer un peu le temps et beaucoup la grosse canicule, nous faisons une halte dans le jardin ombragé et plein de fraicheur d’un café, de l’autre côté du parc de la mosquée. J’aurais la mauvaise idée de terminer l’expresso très très serré de Karine.  Sur la citadelle de Rozafa, le principal atout touristique et historique de la ville, je suis ennuyé par une longue série d’extrasystoles qui me gâche largement la visite. J’ai beau savoir que ce n’est pas un problème grave, ces extrasystoles me pompent l’air. Ce sont des contractions prématurées du cœur qui donnent la sensation d’un « raté » dans la fréquence cardiaque. Même si les cardiologues s’accordent pour me rassurer, mon cerveau lui, n’est pas d’accord et il m’empêche de jouir du moment. Le site de Rozafa est un verrou naturel à la jonction de deux collines qui dominent la confluence du Drin et de la Bojana, la rivière alimentée par le lac Shkodra. C’est un mirador parfait et il n’est pas étonnant de savoir que le site est occupé militairement depuis… toujours. En longeant les murs de la citadelle, la vue s’étend sur la vallée du Drin. Le fleuve est encore sauvage, non endigué. Poches d’eau, méandres, bras mort, lit asséché témoignent de ses caprices. La mosquée de plomb, un édifice ottoman dominé par une gigantesque coupole et une série singulière de 14 autres petits dômes est aujourd’hui abandonnée pour cause de site inondable. Du côté nord, s’étend la métropole, à une encablure du plus grand lac des Balkans dont les eaux fusionnent avec les nuages. Située sur une plaine, la ville peut s’étaler et s’éviter ainsi de pousser en l’air. Comme la mosquée, les nuages sont de plombs, et nous apercevons au loin quelques éclairs de chaleur. Il fait lourd et humide. C’est à peine si nous devinons la barrière des Alpes albanaises, leur masse se confond avec les nuages sombres de ce ciel d’apocalypse. 

 

Shkodër
La mosquée de plomb

 

Shkodër

Shkodër

 

Shkodër Shkodër
Sur la citadelle de Rozafa

 

Vaincu par mes extrasystoles, je rentre au camping. Je fais une petite sieste au frais, dans la caravane. C’est le début de soirée, le ciel est désormais dégagé. Quelques nuages résiduels se baladent au-dessus du lac en lui donnant des teintes magnifiques.
Le lac Shkodra est un site de toute beauté. Une espèce de monde à part dans les Balkans. Il est partagé par l’Albanie et le Monténégro. C’est une réserve internationale de la biosphère, dont plus de 270 espèces d’oiseaux, parmi lesquelles certaines sont menacées. La rive sud est montagneuse, une chaîne de montagne sépare les eaux du lac de celles de l’Adriatique, distante d’à peine quelques kilomètres. Sa rive nord est marécageuse, inondable en fonction des crues et des intempéries. C’est le royaume des roselières. Côté camping, l’eau est très basse. L’endroit est parfait pour laisser les enfants s’amuser en toute quiétude. Parfait aussi pour les frileux, la température de l’eau doit largement dépasser les 25°.  
Nous serons un peu plus prudent avec le raki ce soir, demain, nous nous levons tôt pour faire une excursion organisée par le camping au lac Koman. Un peu trop complexe à mettre en place par nous-mêmes – difficile de trouver toutes les infos nécessaires - nous choisissons la facilité.

 

Lac Shkodra Lac Shkodra

Lac Shkodra
Baignade au coucher de soleil

 

7 août 2014

Raki pour tout le monde

Nous entamons la longue remontée de notre périple (1). Ce soir, nous devons rejoindre nos amis. C’est un autre chapitre du voyage qui va s’ouvrir. Nous faisons nos adieux au camping, au lac et ses habitants (poissons, crabes et serpents). A part la partie jusqu’à Lin, la route sera tout à fait correcte. La Sh 3 suit le cours du fleuve Shkumbin, celui-là même qui marque la frontière entre dialecte guègue et tosque. Paysage de fond de vallée classique plutôt bucolique, avec en arrière-plan des falaises calcaires qui s’élèvent au-dessus des forêts. Quelques villages par ci par là avec leurs anciennes industries à l’abandon et les sempiternelles maisons toutes neuves qui se mêlent aux immeubles délabrés. Ici, une série de Lavazh profitent d’une source proche pour briquer les voitures des automobilistes. Là, une vielle passerelle traverse le fleuve. L’une des rares voies de chemin de fer albanais nous accompagne. Elle traverse tunnels et viaducs abîmés.

Nous arrivons à Elbasan, l’une des villes étapes de la Via Egnatia. Cette voie romaine qui reliait Rome à Byzance en passant par Durrës, et traversait l’Albanie et tous les Balkans. Elbasan. Cette sonorité résonne agréablement à mes oreilles. Elle chante comme une des mille et une villes de la route de la soie, un nom qu’on situerait volontiers dans l’ancienne Perse, près de Samarcande ou sur les hauts-plateaux Kirghizes. Le problème, c’est qu’aujourd’hui, les caravansérails n’existent plus, et que notre chameau est un attelage de ferraille de 10m de long qu’il faut laisser sur un parking. L’unique parallèle avec une ville de l’époque de la soie, c’est que sur le coup de midi, les rues sont pleines, encombrées de toutes sortes d’engins et de piétons, que l’animation est à son comble, nous frayer un passage dans le flux et le reflux n’est pas évident. A défaut de trouver une vraie place où nous garer, je m’engage dans une rue qui se termine en cul de sac, juste devant l’esplanade du bazar en travaux. Je détèle la caravane, gare la voiture, place la remorque juste à côté. Pas très orthodoxe comme emplacement, mais rien ne semble m’empêcher l’arrêt.
Il fait une chaleur terrible aujourd’hui. La petite fraîcheur agréable du plateau du lac d’Ohrid est déjà un vieux souvenir. Dans cette ville en fond de vallée la température est torride. Nous traversons quelques étals de marché où des femmes vendent fromages, œufs, fruits et légumes. Nous nous arrêtons sur une terrasse d’un café pour manger un bout. La jeune fille qui nous accueille ne parle pas un mot d’anglais, ni d’une autre langue. Nous avons toutes les peines du monde à commander quelque chose, mais nous y parvenons finalement. Comme elle est tout à fait sympathique, nous passerons un moment agréable. Et même plutôt marrant quand elle arrive avec un smartphone avec une appli « translate ».
Elbasan fait partie des villes historiques du pays. De sa place forte de la Via Egnatia, elle a hérité d’une forteresse dont les murs, tour crénelée, portes et tour d’horloge sont encore très bien conservés. A l’intérieur, un peu comme à Korcë, les ruelles forment un petit labyrinthe fort agréable à parcourir.  Comme à Korcë, les architectures se superposent, se croisent, se fréquentent dans un joyeux assortiment hétéroclite. Sur les boulevards qui entourent la cité fortifiée, s’écoule la vie moderne, magasins, restaurants, terrasses, cafés et une multitude de négoces vendant des robes de mariage. Dans le cœur de l’après-midi, la ville se vide. De rares dames arborant des ombrelles décorées - peut-être un legs de l’amitié sino-albanaise - traversent les rues pour rentrer chez elles. Les enfants font un petit tour de manège dans un parc.  Le forain, sans doute assoupi par la chaleur, s’endort dans son kiosque et le tour s’éternise. Juste à côté, un homme vend du tabac en vrac sur son étal. Les bus de villes longent les remparts, les inscriptions défilantes indiquent : bonne année, trahissant l’origine des véhicules.
Mais Elbasan est aussi connue pour être un grand centre industriel avec la mise en place, dans les années 70, d’un grand centre sidérurgique avec l’aide chinoise. Ce vaste complexe entraîna une des plus fortes pollutions industrielles du pays, voire d’Europe.

 

Elbasan
Les remparts d'Elbasan

Elbasan Elbasan

Elbasan Elbasan
Les rues d'Elbasan

Elbasan Elbasan

Elbasan Elbasan
Magasins de robes de mariage

Elbasan Elbasan

Elbasan

Elbasan
Le bonne année sur les bus

 
Nous retrouvons voiture et caravane. Après avoir attelé devant quelques paires d’yeux curieuses et amusées, nous reprenons la route, direction Tirana. Depuis peu, la route qui reliait les deux villes est secondée par une autoroute qui traverse la montagne en empruntant un tunnel flambant neuf. Au moment de notre passage, elle n’était pas entièrement terminée. Du coup, on se retrouve sur une remarquable portion qui s’arrête brutalement pour redevenir une route au standing albanais. Et c’est comme ça que nous arrivons à Tirana. L’autoroute longe de nouvelles banlieues, parfois chics. A la vue des très nombreux immeubles qui poussent dans la plaine entourant la ville, on mesure l’amplitude de l’exode rurale et la pression démographique qui s’exerce sur la capitale. La ville devient tentaculaire. De 170 000 habitants dans les années 60, elle concentre, aujourd’hui, pas loin d’un million d’albanais sur les trois vivants dans le pays. Difficile pour les pouvoirs publics de suivre le mouvement. Et voilà que l’autoroute, parfaite jusqu’à l’entrée dans la ville, s’arrête nette, nous obligeant à pénétrer dans des ruelles étroites avec la caravane. Nous cherchons notre chemin un peu au feeling, pas la peine de chercher un quelconque panneau. Je suis le flot le plus important de la circulation et nous parvenons tout de même à nous extirper du centre. D’accord, il faut un peu jouer du rétroviseur – il faut oublier les clignotants, complétement inutiles en Albanie – et s’imposer un petit peu, nous avons le gabarit pour, mais au fond, je trouve les albanais au volant plutôt corrects. Comme souvent dans ces pays méditerranéens, il suffit d’oublier ses propres codes – et d’ailleurs le code de la route tout court – et de se plier au code local pour rouler à son aise. Ou l’art de faire du désordre un système organisé.
Nous ne verrons de la capitale que quelques artères asphyxiées par la circulation, des immeubles, et surtout le grand boulevard transformé en zone commerciale – avec des enseignes types carrefour - qui sort de la ville en direction du nord du pays. J’aurais bien aimé m’arrêter jeter un œil à cette ville en perpétuelle mutation, et donc intéressante. Mais pas la peine de galérer avec la caravane. Elbasan était déjà un périple, alors, ici, cela risque d’être encore pire. A ce moment-là, nous pensons encore qu’il sera possible, à partir de Shkodër, de venir pour la journée à Tirana. Un peu trop ambitieux pour contrer l’inertie d’un groupe de 8 personnes.
Bientôt, nous serons au pas pendant des kilomètres sur la route de Shkodër. La circulation est vraiment dense dans les deux sens. Camions, vacanciers, locaux, diaspora, tout le monde est sur la route. Après Krujë, la nouvelle autoroute qui se dirige vers le Kosovo aspire une partie des automobilistes. Nous passons le district de Lezhë sous un ciel plombé. Au fond, les masses sombres, inquiétantes, des Alpes albanaises se rapprochent. Nous nous faufilons dans Shkodër, la capitale du nord. Voilà le camping, le lake Shkodra Resort (2) où nous attendent nos amis qui ont passé quelques jours sur la côte monténégrine. Idéalement situé à un pas de la frontière, posé au bord du lac Shkodra (ou Skadar en Monténégrin), il est immense comparé à tous les campings fréquentés jusqu’ici. Aux normes toutes occidentales, il accueille des touristes venus de toute l’Europe. Pascal et Karine nous ont réservé un emplacement près de leur tente. Après l’installation, nous pouvons passer à l’apéro et à nos récits de voyage. Pascal et Karine ont deux filles, une adolescente, Margot et Colline, 9 ans. Après presque un mois d’immersion en famille, les enfants sont ravis de pouvoir jouer avec des copines. Et nous aussi… la soirée s’éternise un peu au restaurant du camping, au bord de la plage aménagée du lac, avec vue sur le Monténégro sur l’autre rive. Nous finirons le repas en avalant quelques rakis qui laisseront quelques traces le lendemain.

 

Lac Shkodra

Lac Shkodra
Les montagnes du Monténégro derrière le lac

Lac Shkodra
Le resort camping et les Alpes Albanaises

 

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1 :

Shkodër

 

2 : Le site du camping

6 août 2014

Les fresques de Voskopojë

Voskopojë. Voilà une petite merveille complétement méconnue de notre vieille Europe. J’ai découvert ce joyau sur les guides et c’est une étape que je ne veux pas manquer. Cette ancienne ville se situe à quelques dizaines de kilomètres à l’ouest de Korcë, dans un paysage de moyenne montagne, posée sur un plateau arboré à 1 200 m d’altitude. Je suis peut-être trop pressé de rejoindre le site, et dans l’unique ligne droite d’Albanie avec une bande blanche, je me la joue albanais et double un tracteur – un vrai, avec un moteur, et pas une mule. Juste le temps de déboiter, je vois au loin un policier tout heureux de m’arrêter. Et merde ! « Pardon, désolé, pardon » et encore un petit sermon suivi d’un grand sourire libérateur. Je crois que les touristes sont désormais protégés.


Voskopjë, donc, se rejoint après une belle montée au-dessus de la plaine de Korcë. Route bitumée de frais, cela devient vraiment une habitude. Elle serpente au-dessus de gorges où les roches prennent des teintes rougeâtres, où l’on aperçoit quelques villages musulmans qui mêlent maisons de pierres traditionnelles et maisons neuves, bâtiments en construction et ruines. Il y a une étrange coutume en Albanie concernant les maisons en travaux. On y accroche souvent des peluches, ails, cornes… pour repousser le mauvais œil. Bizarre tout de même de voir des mignons petits nounours sensés apporter bonheur et prospérité, pendus par le cou, comme des condamnés à la peine capitale, dans un état lamentable, résultat des intempéries et du soleil.

Voskopojë
Paysage près de Voskopojë

 

Voskopojë est aujourd’hui un tout petit patelin de montagne immergé dans une belle forêt de sapins. Quelques maisons en pierres son éparses çà et là,  il n’y a pas de véritable centre mais une succession de petits quartiers reliés entre eux par des rues pavées de gros galets ancestraux. Impossible d’imaginer qu’au XVIIIème siècle, la ville rivalisait en nombre d’habitants avec Athènes ou Sofia. Plus de 35 000 personnes arpentaient les rues d’une cité qui a basé sa richesse sur la production de laine et de tapis exportés dans les pays voisins. Voskopjë devint au fil du temps un centre scientifique et culturel renommé. Ainsi se développa au sein de la ville un foisonnement artistique dont le résultat se vérifie avec les somptueuses fresques des nombreuses églises. On en dénombrera plus d’une vingtaine à son apogée.

Pour ne pas oublier que nous sommes bien dans les Balkans, Voskopojë était considérée comme la « jérusalem  aroumaine »… Arou quoi ? Aroumaine. Une peuplade de langue roumaine – donc latine -  implantée depuis des lustres dans plusieurs enclaves linguistiques disséminées dans les Balkans. Ils sont Valaques en Grèce, Tsintars en Serbie, tchobans en Albanie. Difficile de savoir qui parle quoi, et qui est quoi pour les simples touristes que nous sommes. Toujours est-il que cet héritage se retrouve à Voskopojë sous la forme de plusieurs églises miraculeusement préservées. Je parle de miracle parce qu’avec le déclin de la ville, irrémédiablement concurrencée et supplantée par sa voisine Korcë, elle eut à subir des destructions et pillages infligés par les armées turques puis autrichiennes. Surtout, les églises sont devenues pendant la période communiste des hangars, granges à foin, étables ou dépôts d’armes. Les dégâts furent forcément considérables, certains parlent d’une Atlantide culturelle. Sauf que, et le miracle réside ici, cette Atlantide nous donne réellement la preuve de son existence. Cet endroit n’est pas sans rappeler les monastères de Bucovine en Roumanie, autre haut-lieu de cet art de la fresque.  Plusieurs églises et un monastère sont éparpillés sur le site. D’un premier regard leur architecture est assez rustique. De tailles modestes, en pierres sèches et toits de grosses lauzes, elles ressemblent presque à d’anciennes fermes. D’aspect rectangulaire, elles se terminent par un cul de four du côté de l’abside, seul élément d’architecture religieuse. Pas de clocher sur la structure même, mais parfois séparé car rajouté plus tard, comme c’est le cas pour l’église Saint Nicolas. Il faut franchir un portique à colonnes entièrement décoré de fresques extérieures (des frères Zografi) avant de pénétrer, en descendant un perron, dans la nef. Ce léger soubassement permettant d’agrandir avec malice l’intérieur des églises, au nez et à la moustache des ottomans. Le foisonnement des fresques qui ornent chaque mur est saisissant. Nous bavardons un instant avec le pope, un monsieur à la barbe grisonnante d’un calme olympien et d’une douceur communicative.

 

Voskopojë Voskopojë

Voskopojë

Voskopojë

Voskopojë

Voskopojë
Les églises de Voskopojë


Voskopojë a un bel avenir devant elle. On dirait qu’elle est en train de parier sur le tourisme de villégiature. Plusieurs nouveaux édifices – genre gros gîte rural - sont en cours de finition et c’est fait avec bon goût, dans le respect de l’architecture traditionnelle. Les signaux sont au beau fixe. L’ancienne cité culturelle peut devenir une station d’air pur. Son superbe environnement est en tout cas une mine d’or vert… et sans doute blanc en hiver.
L’Akademia a devancé l’appel. Le restaurant/bar/hôtel situé un peu en dehors de la ville, a été parfaitement restauré. Encore un lieu plaisant pour manger un bout ou boire une bière dans le petit jardin au gazon anglais de la cour.

 

Voskopojë Voskopojë
Akademia

 

Juste un peu plus haut se trouve le monastère Saint-Jean Baptiste. Presque à l’abandon il y a quelques années encore – photos à l’appui des précédents voyageurs – il est parfaitement restauré aujourd’hui. Très discret de l’extérieur, il faut atteindre la cour intérieure en traversant un long bâtiment sans signe religieux pour voir l’église. Nous sommes seuls et le gardien du temple vient nous ouvrir la grosse porte boisée pour nous permettre d’admirer l’intérieur du lieu de culte.

 

Voskopojë

 Voskopojë

Voskopojë
Le monastère Saint-Jean Baptiste

 


Le ciel est gris aujourd’hui et on sent un peu de fraîcheur sur ce haut plateau. Face au Monastère, complétement isolée du reste du village,  on aperçoit l’église Saint Athanase. Comme pour Saint Nicolas on y accède par un portique à colonnades entièrement décoré de fresques des frères Zografi. Comme toutes les autres églises, elle semble se dissimuler dans le paysage. Bâtie en 1724 pendant la période ottomane, elle se devait de rester discrète pour ne pas faire d’ombre à l’Islam, alors religion dominante et du pouvoir. C’est sans doute pourquoi les ecclésiastiques firent appel à ces fameux artistes pour enluminer les lieux de culte. La magnificence qu’ils ne pouvaient montrer dans l’architecture, ils la développaient sur les murs. La porte de Saint Athanase étant loquée par un cadenas, je suis un peu désappointé. Venir jusqu’ici sans même pouvoir admirer les trésors qui doivent se cacher là-dedans, c’est assurément une déception. Mais je me rappelle que je suis en Albanie, que rien n’est jamais impossible. Je tire sur un crochet du cadenas, celui-ci se débloque, je pousse alors la porte en bois et… émerveillement instantané. Nous pénétrons, seuls, dans la chapelle Sixtine de l’art orthodoxe. Du sol au plafond, les murs de la nef sont entièrement décorés dans des tons à dominante bleutés. Les fenêtres latérales et celles du narthex laissent passer une lumière diffuse qui agit comme un projecteur sur les différentes scènes ou icônes de Saints.  Nous avons vraiment retrouvé l’Atlantide. Mais il nous manque un Cicérone pour nous aider à déchiffrer ces bandes dessinées de la chrétienté. Je suis autant bouleversé par la beauté magique du lieu que par le fait d’avoir la chance de les découvrir dans ces conditions, absolument seuls, comme si nous étions les inventeurs d’une grotte préhistorique. Je suis vraiment ému, presque touché par le syndrome de Stendhal. Et la présence de mes deux gosses qui s’amusent plus qu’ils n’observent n’y est pas pour rien. Je suis heureux, tellement heureux, de pouvoir leur transmettre ces instants. Je ne sais pas trop ce qu’ils en feront une fois devenus adultes, mais puissent-ils être attrapés eux-aussi par la passion de la découverte et du voyage. C’est comme si l’Albanie nous offrait un cadeau, un trophée, une médaille. Comme si elle nous remerciait ainsi de notre visite. C’est le moment qu’elle a choisi pour se mettre à nu et dévoiler ses charmes les plus intimes. La restauration est en cours, et il est temps. Les seuls autres visiteurs sont des chauves-souris dont on reconnaît les crottes sur le dallage au sol. Il est vraiment l’heure pour ce pays de reprendre en main son histoire, sa culture, son patrimoine et qu’il réussisse à le préserver des attaques du monde moderne. Sous peine de voir certains sites comme Voskopojë subir le sort des fresques romaines dans la fameuse scène du film Fellini-Roma. Quand dans la percée du métro, les archéologues découvrent la pièce d’une villa romaine entièrement recouverte de fresques, elles s’effacent instantanément sous la pression de l’air extérieur qui pénètre dans la galerie. Disparues à peine découvertes.

 

Voskopojë

Voskopojë Voskopojë

Voskopojë Voskopojë

Voskopojë Voskopojë

Voskopojë

 

Voskopojë

Voskopojë Voskopojë
L'église Saint-Athanase et ses fresques


C’est sans doute en pensant à ça, que devant une des autres églises, celle-ci bel et bien fermée, je réfrène mon envie de dévoiler mon secret aux touristes italiens qui s’agglutinent devant le portail et font plus de bruit à une dizaine, que tout Voskopojë réuni. Non, mon jugement est fait,  ils ne méritent pas de pénétrer dans Saint Athanase. Il fallait être plus discret !
Je me fais la promesse de revenir un jour avec tout le bagage utile pour comprendre enfin ce que disent ces fresques. Ou avec un vrai guide si mon érudition continue à me faire défaut.

 

Voskopojë

 

Korcë ne se donne pas immédiatement, comme nous l’avons vu avec son périphérique délabré, elle n’est pas Berat ou Gjirokastër qui dévoilent au premier coup d’œil leurs charmes ottomans. Korcë est bâtie sur une plaine. Ce n’est pas une place forte militaire. Il faut s’enfoncer dans les vieilles ruelles blotties au pied d’une colline pour entrevoir ses charmes. Ce vieux quartier se trouve de part et d’autres de la grosse cathédrale pompeuse, construite en 1992. Cet édifice marie sans véritable succès architecture traditionnelle des églises orthodoxes, avec ses grosses coupoles et ses toits de tuiles rouges et architecture néoclassique avec ses deux tours clochers qui enserrent le monumental porche d’entrée. L’intérieur, tout de marbre vêtu est froid et distant. Cela manque d’humilité, surtout comparé aux trésors de Voskopojë. Devant la cathédrale un petit gitan nous colle pour réclamer quelques sous. Louna s’étonne que nous ne donnions rien. Eternel dilemme de la mendicité des enfants. Sont-ils au « travail » pour des exploiteurs ou font-ils ça de leur propre chef, de manière indépendante ?
Le lacis de ruelles est un autre mariage, beaucoup plus réussi que la cathédrale, des différentes strates que l’histoire contemporaine a laissées à Korcë. Les pavés où ne circulent que de rares véhicules portent les pas entre des maisons basses héritées de l’empire ottomans (avec façade à encorbellement), des petites demeures rappelant les maisons saxonnes de la Roumanie – Korcë étant aussi un bastion aroumain -  et de la Middle Europa, des habitations avec quelques influences de la Grèce voisine ou évoquant quelques villages italiens, bien entendu des vieilles cases cubiques en briques délabrées et des immeubles çà et là de l’époque communiste. L’urbanisation, est tout à la fois recroquevillée dans une espace réduit mais aéré par la faible hauteur des bâtiments mais surtout par les jardins intérieurs qui espacent les habitations entre elles. Bref, il y a une sorte de douceur de vivre dans Korcë, une sorte d’esprit dolce vita à l’albanaise. Sur le boulevard de la République,  les « Champs Elysées » de la ville, où le « Tout Korcë » déambule, nous faisons une pause terrasse dans la zone piétonne. Une punkette croise un couple de vieilles personnes endimanchées.
Il y a dans la ville plusieurs musées d’importance. Korcë est considérée comme la capitale culturelle du pays. Ainsi, il y a le choix entre le musée d’archéologie, le musée national d’art médiéval qui possède la plus grande collection d’icônes d’Albanie, des petits musées privées de peinture et le musée de l’éducation. Dans  le bâtiment de ce dernier a été ouverte la première école en langue albanaise du pays, en 1887. Korcë est le berceau de la Rilindja, la renaissance culturelle albanaise. C’est à partir de ce courant qui donne au pays une conscience nationale, que les intellectuels albanais construisent les bases d’une future indépendance. Pour cela, quoi de mieux qu’une école nationale qui s’appuie sur une langue ? Ainsi, la langue albanaise unifie ses deux dialectes, guègue et tosque, dans une langue commune dont on fixera les règles linguistiques au tout début du XXème siècle. L’alphabet latin est adopté, disons par compromis, entre les partisans de l’alphabet arabe (Musulmans pour la plupart) et ceux de l’alphabet cyrillique (Orthodoxes). Tous s’accordent pour faire plonger ses racines dans l’antique Illyrie, faisant ainsi du peuple albanais le plus ancien locataire de ces terres et justifiant certaines poussées de prétentions nationalistes. Bien entendu, pour le moment, rien n’est scientifiquement prouvé. Mais les incertitudes historiques sont souvent l’occasion d’affirmation radicale.
Tout ça est bien intéressant, mais je découvre cette histoire, les fesses assises sur une chaise d’un café moderne sous un ciel qui ne pouvait qu’être d’encre. Et comme nous avons déjà bien donné dans la journée culturelle, j’ai l’intuition que mes trois partenaires n’ont pas une envie immodérée pour l’Histoire culturelle ou linguistique de l’Albanie. D’autant plus que nous avons eu au téléphone les amis que nous devons rejoindre demain du côté du lac de Shkodër, à la frontière monténégrine. Autant dire une traversée totale du pays, d’est en ouest. Mieux vaut donc se rapatrier sur le camping et commencer à se préparer pour le départ.
Mais partir sans jeter un œil  à la mosquée, pas question. En voiture, nous nous enfonçons dans le quartier ultra populaire qui s’étend autour de l’édifice musulman. C’est ici qu’il y a le bazar, ces grands marchés orientaux. Tout est clos, bien entendu, mais ces étals amassés de fer et de bois, ces déchets, papiers journaux, caisses, ces kiosques dégradés laissent deviner – et regretter de ne pas avoir vu  – l’animation quotidienne et matinale. Heureusement que nous sommes en Albanie, mais les ruelles sales et coupe-gorge ne sont pas les lieux les plus rassurants de la planète. Du coup, la mosquée, rénovée et très belle, paraît vraiment clinquante au milieu de ce quartier amoché.  

 

Korcë

Korcë

Korcë Korcë

Korcë Korcë

Korcë Korcë
Dans les rues de Korcë

Korcë Korcë
Le musée de l'éducation et statue de partisan

Korcë
La mosquée rénovée

 


Il paraît que ce n’est pas bien, étant donné la surpêche, mais ces pauvres gars sur le bord de la route qui tentent leur chance en me montrant leur poisson, je leurs dois bien un petit quelque chose. Alors, nous nous arrêtons pour acheter un Koran que je cuisinerai sur le grill pour l’ultime soirée au Peschku. Ce dernier soir, le ciel nous offre un spectacle final en apothéose au-dessus des eaux du lac. Nuages violacés et orangers se reflètent dans l’eau pendant que le soleil bascule à l’occident. Alléché par l’odeur du Koran, un énorme crabe s’invite autour de nos pieds pour quémander sa part du festin, à moins qu’il ne soit venu nous souhaiter bon voyage.

 

Lac d'Orhid

Lac d'Orhid

Lac d'Orhid
Dernier soir au camping

5 août 2014

Un petit tour au lac Prespa

Retour sur la selle de mon vélo. Je dois quand même me faire un peu violence cette année. Rouler tout seul n’est pas pour me rassurer totalement. Je ne parviens pas à me libérer mentalement de mes craintes. S’il m’arrivait quelque chose, mauvaise chute, malaise, rencontre avec un ours, enlèvement … C’est un peu ridicule mais la peur est souvent irraisonnée. Pour me tranquilliser je pars toujours avec mes papiers et l’adresse du camping sur moi. Je commence par longer le lac jusqu’à Lin, puis grimpe sur une route refaite à neuf – elle arrivera bien un jour jusqu’à Pogradec – les quelques lacets qui me mènent au col de Thane, à presque 1 000 m d’altitude. Ciel bleu foncé, lumière dorée du matin, petit air frais venue des montagnes, vue splendide sur toute cette mer intérieure, je suis finalement bien content de pédaler. Je prends une route, enfin, un chemin de terre sur la gauche qui s’élève à flanc de coteau et rejoint l’altitude de 1 400 m. Sur ces terres de pâturage avec vue plongeante sur le lac, le plus grand danger pour un cycliste solitaire arrive sous la forme de deux gros molosses montrant toutes leurs dents afin de bien indiquer qui sont les maîtres de la montagne. Déjà que les chiens n’aiment pas les étrangers, mais alors à vélo… je vous laisse imaginer. En contre-bas paissent les chèvres qu’ils gardent très bien. Je n’en mène vraiment pas large, je m’abrite derrière mon vélo que je mets entre eux et moi. Je suis vraiment soulagé quand un coup de sifflet strident rappelle les deux monstres auprès du berger. Je m’alourdis de quelques pierres que je mets dans les poches du maillot et d’un long bâton que je tiens en main, tout en essayant d’avancer sur ce sol qui devient de plus en plus rouge... sang. J’aperçois à nouveau un troupeau et devine un autre Patou dans le coin. Un berger au sommet d’une colline crie quelque chose vers moi. J’imagine seulement qu’il me prend pour un fou et qu’il me met en garde. Par miracle, le chien disparaît. Volatisé. Je me retrouve quelque part sur la montagne entre des antennes de télécommunication, une carrière qui grignote peu à peu le relief et quelques fermes qui m’emplissent de terreur en pensant aux clébards qui doivent les défendre des intrus. Pour ne pas me planter de chemins, qui partent un peu dans tous les sens à cause de la carrière, je me décide à sortir le portable et à utiliser le GPS, tant pis pour les frais. Je lance Mappy et un message s’affiche sur l’écran : des connexions wifi sont disponibles. Je crois rêver. Je suis à 1 400m d’altitude, perdu en plein milieu des Balkans et je choppe du wifi ? Sans doute le fait de ces hautes antennes qui me dominent. Me voilà donc en train de suivre le GPS et de bénir la technologie. C’est bon, j’en ai assez de rouler la peur au ventre. Je redescends rapidement sur une route pentue mais goudronnée, non sans une dernière frayeur. Aux abords d’une maison, un gros chien se jette sur moi, mais, nouveau miracle, il est attaché et manque de s’étrangler. Pas content le chien-chien. Je retrouve les bords du lac avec réconfort et me prends à rêver de parcourir ces contrées avec un camarade de jeu.

 

Lac d'Orhid
Sur le col de Thane

Lac d'Orhid
La route au-dessus du col

Lac d'Orhid
Le chemin domine le lac

Lac d'Orhid
Les rives albanaises d'Ohrid

 

Pour me remettre de mes émotions, je joue avec les enfants dans l’eau, pêche et  nage au programme. Ils pourraient passer leurs vacances ici ces deux-là. Nous parvenons quand même à nous extirper du camping en faisant miroiter la possibilité d’autres parties de pêche du côté du lac de Prespa. Les jeunes françaises reprennent leur chemin non sans être tombées amoureuses de l’ambiance du pays en quelques jours. D’ailleurs, l’Albanie est le pays parfait pour un voyage initiatique sacs à dos et transports en commun. Pas loin, pas cher, sûr, une population accueillante, hôtels et restaurants de partout… il ne lui manque rien et surtout pas l’aventure et la rencontre. A Lin, une jeune albanaise francophone les a invitées chez elle à souper et les a ramenées avec sa voiture au camping tard dans la nuit. Une exemple parmi d’autres.

 

Lac d'Orhid
Résultat de la pêche

 

Pogradec, je l’ai déjà dit, n’est pas une très belle ville, doux euphémisme. Pourtant, ses bords de lac sont vraiment agréables. Un parc arboré  et muni de kiosques permet à de vieux messieurs de s’adonner à leur passe-temps favori : les dominos. Des plages de sable s’étirent le long du lac et la jeunesse est dans la place. Les familles aussi. L’ambiance est balnéaire : parasols, bikinis, volleyball, chaises longues, pédalos, paillottes, bars lounge. Nous donnons quelques leks aux enfants et les laissons se débrouiller seuls pour faire un tour de manège. Une grande première pour eux. Après valses hésitations ils parviennent tout de même à se faire comprendre, payer et monter dans le petit train.  Pourtant, juste avant, Ivann, pour une raison indéterminée - ou déterminée par eux-seuls -  mord sa sœur, ce qui lui vaudra une sacrée soufflante. Avant de partir du côté de Prespa, nous décidons de manger un petit bout sur l’une des nombreuses terrasses qui longent le parc. Mais voilà, entre les difficultés à se comprendre  dans la langue de Kadaré et les habitudes inverses des signes de tête, le jeune serveur nous rapporte pas moins de 1.5 kg de viandes grillées.  Honteux, nous lui demanderons tout penaud si nous pouvons avoir un doggy bag. Chose qu’il accepte avec le sourire.

 

Pogradec
Partie de dominos

Pogradec
Sur les berges du lac

Pogradec
Plage publique

Pogradec
Les kiosques à dominos

 

Pour rejoindre le lac Pespa, il faut prendre la route de Korcë et une fois sur le plateau agricole contourner un massif montagneux au pied duquel se blottissent des villages ruraux musulmans. Une route récente - une de plus - franchit un col pour plonger subitement vers l’étendue du lac de Prespa. Ce lac, aussi grand que celui d’Ohrid, se répartit entre l’Albanie, la Macédoine et la Grèce. Encore un petit cours de complexité balkanique : les villages aux bords du lac, côté albanais, sont en fait peuplés surtout de macédoniens. Mais contrairement à leurs co-nationaux de l’autre rive, ils sont musulmans. En arrivant à Liqenas, les panneaux sont inscrits en trois langues, Liqenas en langue albanaise, en macédonien cyrillique et en macédonien transcrit avec l’alphabet latin (Pustec). Heureusement pour eux, les animaux n’ont pas de soucis de nationalités ou de frontières. Et le parc tri-national du Lac Prespa est le refuge des lynx, ours, loups, chamois, mais aussi de nombreux volatiles, de reptiles et bien entendu d’espèces aquatiques. Bref, c’est « into the wild ». Un couple d’allemands dont le mari semble s’y connaître en bestioles à plumes nous montre au loin des pélicans et des cormorans. Pour une fois, nos jumelles seront utiles.  Désormais familiarisés avec ces petites bêtes, je vois un serpent, un poisson dans la gueule, venir se mettre à l’abri sous un rocher dans l’eau. Une petite île, Maligrad, dresse juste en face du village sa masse rocheuse. Il y a un petit ermitage sur place, et, je découvrirai cela au retour, c’est surtout un sanctuaire pour des milliers de serpents et de tortues, dont les vipères ammodytes, une vipère à corne fortement venimeuse. A déconseiller aux phobiques des serpents assurément. Liqenas, ou Pustec, au choix, est un peu comme un bout du monde. Ça ne respire pas la richesse, c’est le moins qu’on puisse dire. Certaines granges sont en torchis, presque identiques aux cases préhistoriques du musée de la Baie des Os. D’après le Petit Futé - qui soit dit en passant, et malgré les nombreuses critiques émises à son sujet, n’est à mon avis ni pire ni meilleur que beaucoup d’autres guides et a surtout le mérite d’exister contrairement au Routard ou au Lonely  - il  y aurait moins de 1 000 visiteurs par an dans ce coin reculé de l’Europe. Il n’empêche, nous trouvons quand même un petit hôtel/bar/restaurant où nous pouvons nous attabler pour une partie de dominos-goûter. Avec Louna nous allons même nous tremper le croupion sur la petite plage aménagé, avec la masse sombre de Maligrad qui dépasse des roselières. Nous sommes seuls il va sans dire. Dans l’eau, très basse à cet endroit, nous trouvons des coquillages lacustres dont une sorte de grosse moule.

 

Lac Prespa
Lac Prespa, rive albanaise, au fond la Macédoine, à droite la Grèce

Lac Prespa
L'île de Maligrad sur le lac Pespa

Lac Prespa
Les collines grecques du lac Prespa


Lac Prespa
Granges en torchis

Lac Prespa
Sur la plaine de Korcë

Lac d'Orhid Lac d'Orhid
Au camping

 

Nous rentrons sous un ciel noir et menaçant. Des trouées dans les nuages agissent comme des projecteurs et forment des tableaux impressionnistes. Il en sera de même au camp de base où les nuages se colorient de jaune, de bleu, d’orange vif suivant les caprices amoureux du soleil et du vent. Le vent, qui avive la houle sur le lac et nous fait imaginer ce que peut être une belle journée de tempête hivernale. Pour le repas du soir, tout est prêt. Il suffit de sortir le doggy bag et de terminer les escalopes de poulets.

4 août 2014

De la préhistoire au mercantilisme

Pas refroidis par les mésaventures à la douane, nous repartons de l’autre côté du lac. Cette fois, tout se passe bien. Nous a-t-on rayés de la liste noire ?
La région d’Ohrid est habitée depuis la nuit des temps. Sur les rives de son lac se trouve un excellent petit musée des âges préhistoriques. Des fouilles sous-marines ont permis de mettre à jour des vestiges d’habitat lacustre remontant de 1 200 à 700 ans avant notre ère. La reconstitution de ce village mérite amplement la visite, surtout avec des enfants. Une vingtaine de maisons en torchis et toits de roseaux - matière première prélevée dans les nombreuses roselières bordant le lac- sont posées sur une plateforme sur pilotis. C’est un excellent aperçu de l’habitat de nos ancêtres. L’intérieur des maisonnées est décorée de peaux de bêtes, notamment des ours, de vieux outils, de fours en terre ou de métiers à tisser. Dans le petit musée on peut voir des objets découverts au fond de l’eau : poteries, outils en pierre, en bronze, et en os, ce qui a donné le nom au site, « la Baie des Os ». Louna et Ivann s’en donnent à cœur joie, s’approprient les maisons et nous invitent à tour de rôle dans leur nouvelle demeure.
Un club de plongée invite ses clients à découvrir les vestiges subaquatiques. L’eau est d’une limpidité absolument époustouflante. Le village lacustre semble en lévitation au-dessus des eaux vertes et bleues. Avec cette chaleur, ça donne une furieuse envie de piquer une tête… mais un petit serpent qui fait tranquillement ses longueurs refroidi nos ardeurs. Je discute avec un touriste français dont sa femme est macédonienne. Il m’avoue craindre de franchir la frontière albanaise, alerté par la mauvaise réputation du pays dans sa patrie d’adoption. Je lui vante alors tout le bien que je pense du pays des aigles.  Comme Louna, que nous appelons des dizaines de fois pour partir, fait semblant de ne pas nous écouter, nous la laissons se faire une petite frayeur quand elle croit se retrouver seule, abandonnée par ses parents. Peut-être que la leçon sera retenue ?

 

Baie des os

Baie des os

Baie des os

Baie des os Baie des os

Baie des os

Baie des os

Baie des os Baie des os

Baie des os Baie des os
Le musée lacustre de la Baie des Os

 

 



Le monastère de Sven Naum, sur les berges du lac, est encore un site de toute beauté. Elevé sur une petite falaise surplombant les plages du lac, l’édifice religieux abrite la dépouille du Saint, mort en 910. Saint Naum était un disciple de Cyrille et Méthode, et avec Saint Clément ils s’employèrent à la formation des clercs autour d’Ohrid, fondèrent églises et monastères, firent office d’évangélisateurs à travers l’alphabet cyrillique dont ils fixèrent le cadre. Il ne reste plus grand-chose du monastère originel, l’église avec ses trois coupoles en briques blanches et rouges entourée par les bâtiments du couvent date du XVIème siècle. Mais ce qu’il ne reste plus du tout, c’est l’atmosphère solennelle d’un monastère. Sven Naum est l’un des lieux les plus touristiques de Macédoine. Et force est de constater que la philosophie mercantile a pris le dessus sur la spiritualité. Les marchands du temple ont gagné la bataille. On pénètre dans l’enceinte le long d’une allée colonisée par des stands de vendeurs de souvenirs. Sur la plage, au pied du monastère, les gens en maillot de bain se prélassent sur le sable. Dans le parc, nous pouvons croiser des paons qui n’ont même pas besoin de faire la roue pour gagner quelques victuailles lancées par les touristes. Une femme, en bikini, arbore fièrement une poitrine ultra généreuse, à l’intérieur même de l’enceinte monastique. Impensable en Serbie par exemple, où nous avions visité un monastère d’aussi grande réputation dans une ambiance dévote et restrictive ;  et dire qu’au Monténégro je m’étais fait sortir d’un monastère parce que j’étais en cuissard de vélo…
Heureusement, l’intérieur de l’église réserve quelques fresques de toute beauté qui réconcilient tourisme et spiritualité. Elles sont l’œuvre d’un artiste de Korcë du XIXème siècle. Le monde de l’art n’a pas de frontières.

 

Sven Naum

Sven Naum

Sven Naum Sven Naum
Le monastère de Sven Naum, son église et ses fresques

 

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La plage du Monastère


Sven Naum c’est aussi, comme au Drilon, la résurgence du lac Prespa qui alimente celui d’Ohrid. Ici aussi les terrasses des restaurants sur pilotis nous invitent à nous poser. Ce que nous acceptons volontiers pour l’un des meilleurs repas du voyage avec deux sortes de bureks, une salade de truite excellentissime, des sarmale (farcis de choux) entre autres. Sur le parvis herbeux, autour de lourdes tables en bois à l’ombre de vénérables saules pleureurs, des musiciens traditionnels s’occupent de couvrir le brouhaha des centaines de personnes attablées. Des petites barques à rame amènent les touristes jusqu’à la résurgence. Nous sacrifions à la visite obligatoire. Les eaux sont cristallines, la transparence semble presque irréelle, des petites bulles d’air sortent du sol et remontent à la surface. Des tortues, au frais, regardent le ballet des barques avec leurs gros yeux globuleux.  Quelques privilégiés se font servir leur repas sur des pontons flottants. Peut-être les invités d’un des nombreux mariages, célébrés dans ce haut-lieu macédoniens. Il nous reste quelques denars et nous sommes bien obligés de rapporter trois bricoles de notre passage en Macédoine. C’est un pays qui donne, lui aussi, envie de venir explorer. Ses montagnes, sa culture cosmopolite, ses villes comme Bitola au lourd passé ottoman, ses monastères et églises disséminés sur tout son territoire, semblent également un beau terrain de jeu.

 

Sven Naum
Repas au Sven Naum

 

Sven Naum Sven Naum

Sven Naum
Les restaus flottants

Sven Naum

Sven Naum

Sven Naum
Aux sources

 

Sur la route du camping, juste après Pogradec, des policiers me font signe de m’arrêter… et merde ! Les phares, obligatoires même de jour, je les ai oubliés. Le flic me le rappelle et après une légère remontrance me relâche. Avec le Pv économisé nous pouvons nous offrir une truite élevée sur place au restaurant du « Peshku ».

 

Lac d'Orhid
Soirée au camping

 

3 août 2014

Makedonia, retour en ex-yougoslavie

Se réveiller, ouvrir les rideaux et la fenêtre de la cara et apercevoir le lac d’Ohrid, calme et paisible, dans le rayonnement clair d’un matin estival, n’incite pas à lever le voile immédiatement ;  bien que de l’autre côté de cette mer intérieure, se trouve l’un des bijoux des Balkans, la cité d’Orhid en Macédoine, que nous voulons visiter dans la journée. Baignade et pêche obligatoires d’abord. Je m’amuse autant que les mômes. Ce n’est pas si fréquent de choper du crabe d’eau douce.

 

Lac d'Orhid

Lac d'Orhid Lac d'Orhid

Lac d'Orhid
Au camping Peshku


Le lac d’Ohrid est le plus bas des trois autres lacs (le Petit et le Grand Prespa) de la région. Les trois lacs agissent entre eux comme des vases communicants, celui du dessus alimentant celui du dessous. Ainsi, le lac d’Ohrid est nourri par des sources venant du lac Prespa, situé 150 m plus haut. L’eau s’infiltre dans le sol calcaire et ressurgit à plusieurs endroits. L’un d’eux est le parc du Drilon, entre Pogradec et la frontière macédonienne. Un autre se situe de l’autre côté de la frontière, ce sont les sources de Sven Naum où s’élève un monastère orthodoxe de grande renommée. Les résurgences forment des petites piscines naturelles immergées dans une végétation luxuriante (Saules pleureurs notamment). Elles offrent un cadre romantique aux mariages du coin. Des petites barques à rame sont louées pour faire le tour des plans d’eau, et des beaux cygnes blancs rappellent un peu les bords du lac d’Annecy. Mais le nec plus ultra, ce sont les restaurants disséminés dans le parc, avec leurs terrasses sur pilotis et les tables au bord de l’eau à l’ombre des arbres. Un peu trop près de l’eau d’ailleurs. Louna laisse tomber ses lunettes de soleil et je suis obligé de me servir de l’épuisette pour les repêcher. Nous dégustons pour la première fois, la truite du lac, le Koran, une espèce endémique du lac d’Ohrid à la chair légèrement rosée et très fine. Servie avec une sauce crémeuse aux noix, c’est un véritable délice. Le Koran est vendu partout, en tout cas côté albanais. Sur le bord de la route longeant le lac, des dizaines de vendeurs vendent leurs poissons qui nagent dans des grands aquariums. A chaque voiture qui passe, un type se lève de sa chaise et tend à bout de bras un poisson énorme pour appâter le client. Pour l’anecdote, celui qui se tient le plus près du camping, au bout de quelques tentatives infructueuses à notre encontre, se rasseyait immédiatement dès qu’il apercevait notre Picasso immatriculée en France. Nous passions sans doute pour des touristes radins… Outre le Koran le lac regorge également de carpes, d’anguilles, de poissons « blancs », de mollusques. Autant de variétés que l’on peut commander dans les différents restaurants avenants qui se trouvent souvent sur des terrasses pieds dans l’eau. D’une profondeur de plus de 300m, le lac d’Orhid est un refuge pour la biodiversité. Comme partout au monde, cette richesse est menacée par les agressions de l’homme (surpêche, pollution, tourisme de masse en voie de développement…)

 

Parc du Drillon Parc du Drillon

Parc du Drillon
Les eaux et les cygnes du Drillon

Parc du Drillon Parc du Drillon
Restaurant sur l'eau et Koran

Parc du Drillon

Parc du Drillon Parc du Drillon
Mariages

 

Pour rejoindre Ohrid, il faut longer toute la partie orientale du lac, la route en corniche épouse les contreforts des monts Galičica, à plus de 2 000 m. Mais je vais un peu vite en besogne, avant il faut passer la frontière. Et comme de coutume, nous passerons après de très longues minutes de vérification. Peut-être que le fait d’avoir une famille à plusieurs nationalités incitent les douaniers à doubler de prudence. Un papa italien, une maman française et des gosses dont on ne sait pas trop ce qu’ils sont, ça doit interloquer des policiers, méfiants par nature. Ou alors… ou alors, notre passage à Lazarat, quelques semaines après la descente des flics et pendant qu’ils tenaient encore le village, n’est pas passée inaperçue, et notre plaque d’immatriculation s’est retrouvée dans la « short list » des voitures très suspectes. Car enfin, on nous a fait quand même ouvrir le coffre pour le fouiller- il était presque vide, à part nos valises de fringues – de manière quand même timide et très respectueuse. Comme si le signalement de trafiquants potentiels se révélait totalement incongru devant notre dégaine de touristes. Enfin, sans trop extrapoler, les faits ce sont quand même deux ouvertures de coffres par les douaniers albanais puis macédoniens à l’aller, et de longues - très longues - minutes à attendre sur un côté de la route, qu’on veuille bien nous rendre nos papiers au retour, alors que la nuit était déjà bien avancée. Dans la voiture derrière nous, un albanais curieux de nos déboires, s’est enquit auprès de ses compatriotes du souci, et nous a rassuré en passant à notre hauteur : c’est juste un problème d’ordinateur, pas de panique, tout va bien.

Enfin, nous sommes quand même parvenus à passer cette frontière et à rentrer dans ce pays au drapeau si particulier : un soleil jaune éclatant qui irradie de ses huit rayons un fond rouge. La Macédoine, ou plutôt la République de Macédoine, ou officiellement, la FYROM dans son acronyme anglais ; soit l’ancienne République Yougoslave de Macédoine. Parce que les grecs altruistes n’ont jamais reconnu le nom du pays, pour eux, la Macédoine est une entité grecque - je vous rappelle qu’Alexandre le Grand était macédonien -  et ils considèrent que les ex-youyous ne peuvent s’approprier nom et symbole qui leur appartiennent. Un bel imbroglio. Mais attendez, ce n’est pas terminé. La Macédoine est un exemple parfait de la dichotomie entre Etat et Nation dans le monde balkanique, à l’origine des nombreux  conflits; et plus positivement, de l’art de vivre ensemble. Dans le monde balkanique, on  se définit en premier lieu par sa nationalité et ensuite par sa citoyenneté. On est albanais de Macédoine avant d’être macédonien d’origine albanaise. Ainsi, en Macédoine, 25% des citoyens sont albanais, 4% turcs (descendants de l’Empire ottoman dont la Macédoine cultive encore l’héritage) et on peut y rencontrer des tziganes, des serbes, des aroumains, des bosniaques. Quant aux juifs, qui avaient une grosse communauté avant-guerre, ils ne leur restent plus que quelques cimetières à l’abandon. Ces minorités sont reconnues par la constitution et les partis albanais, par exemple, participent activement au débat – ou aux luttes - démocratique. Les droits des minorités permettent par exemple, d’utiliser leur propre langue dans les municipalités où elles représentent au moins 20% de la population.  De quoi donner des idées aux corses ou bretons…
Encore mieux, les macédoniens, qui ont fait également partie d’un grand royaume bulgare sont considérés tout simplement bulgares par leurs voisins. La Bulgarie avait ainsi reconnu l’Etat mais pas la nation.
Remettons une couche avec la religion. Si 65% des macédoniens sont chrétiens orthodoxes, les 33% restants sont musulmans. Mais Mère Theresa, albanaise née à Bitola (Ex Monastir)  sous la période ottomane, était catholique. Vous l’aurez compris, c’est une belle salade - qui tire réellement son nom de ces confettis de nations qu’a toujours été la Macédoine, et de manière générale les Balkans.

La FYROM est le sixième pays de l’ex-Yougoslavie où nous mettons le pied. La boucle est presque bouclée. Après la Slovénie, Croatie, Monténégro, Serbie, Bosnie et Herzégovine l’été dernier, ne reste plus que le Kosovo à découvrir.
Dès notre arrivée dans le pays, et surtout aux abords et bien entendu, dans Ohrid, nous avons la sensation d’être revenu d’être revenu dans l’Europe occidentale. Etrange impression, parce que Ohrid est avant tout une ville témoins de la période Ottomane. Je parie que si nous avions débarqué d’un vol charter nous aurions eu un profond sentiment de dépaysement. Mais nous voyageons dans le pays voisin depuis deux semaines. Comme quoi, c’est souvent le chemin qui crée le voyage. Ici, tout est plus clean, plus policé, mieux aménagé, plus proche de ce qu’on connaît. Nous retrouvons des enseignes universelles comme Mc Do (pas vu un seul en Albanie) et les gens qui déambulent sont indéniablement plus riches. Impressionnant quand on sait que le salaire mensuel moyen est de 350€. Mais c’est surtout la comparaison  entre l’héritage de l’ex-yougoslavie et celui de l’Albanie de Enver Hoxha qui montre à quel point le Pays des Aigles souffre de son retard structurel. Il nous faut quand même nous dépatouiller avec une nouvelle monnaie, le Denar et surtout avec l’alphabet cyrillique dont la ville est le creuset. En effet, c’est à partir d’ici que Saint Naum et Saint Clément, deux disciples de Cyrille et Méthode, vont mettre au point ce nouvel alphabet.

Ohrid est une ville musée. Disposée en amphithéâtre au-dessus du lac, elle jouit d’un site naturel sensationnel. Les Hommes ne s’y sont pas trompés et l’on retrouve dans la ville des vestiges de toutes les époques : le théâtre antique, les vestiges des basiliques byzantines, la forteresse médiévale et ses vieux murs, les monastères et églises orthodoxes – parfois converties en mosquées sous les turcs, puis de nouveau chrétiennes -  et tout l’urbanisme ottoman qui donne tout son cachet à la ville aujourd’hui, notamment les maisons ottomanes à plusieurs étages et à encorbellement de couleurs blanches et noires, aux toits de tuiles rouges et aux longues rangées de fenêtres toutes dirigées vers le lac.
Notre parcours dans la cité nous mène dans la grande rue commerçante, où nous visitons une mosquée, puis nous remontons par l’arrière de la ville une longue volée d’escaliers avant de pénétrer à l’intérieur des remparts de la cité médiévale par la Porte Haute.  Vision fugace du théâtre antique et de la forteresse qui coiffe la ville. Nous visitons la colline du Plaosnik, un site archéologique de première importance. L’église originelle de Saint Clément d’Ohrid, a été rebâtie en 2002,  et elle trône avec toute sa complexité architecturale sur des fouilles archéologiques, dont un baptistère du IVème siècle, orné de mosaïques  – avec des croix gammées ! – et les fondations d’une basilique byzantine, elle-même ornée de mosaïques sur lesquelles on retrouve l’ancêtre du drapeau national. Tout autour du site se construit un complexe universitario-monastique. Idée sans doute bien saugrenue. Je crains le pire pour l’authenticité du lieu. Comme de l’autre côté du lac, le lieu est propice aux mariages. Nous en croisons un avec des vieilles femmes en habits traditionnels.

 

 

Ohrid Ohrid
Ohrid

Ohrid

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La rue principale

 

Ohrid Ohrid
Remparts et théâtre

 

Ohrid

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Mariage au Plaosnik

 

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Les mosaïques médiévales

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Vue sur les toits d'Ohrid


Nous redescendons en direction de l’église Kaneo en appréciant - enfin, surtout moi, les gosses eux sont obnubilés par l’idée de rentrer au centre en bateau - les perspectives que nous offre la ville par-dessus ses toits de tuiles rouges qui dominent le lac, les maisons blanches qui s’agrippent à la pente et les minarets et les clochers qui s’élèvent au ciel, avec pour toile de fond les crêtes des monts Galičica. L’église Kanéo est une carte postale. Pour tout dire, The carte postale de la Macédoine. Typiquement byzantine avec ses murs en briques rouges, sa coupole, ses clés de voûtes et son plan en croix latine. A l’intérieur, le Christ Pantocrator reste toujours la star des fresques retrouvées sous de vieux stucs. Mais c’est avant tout son placement sur le promontoire rocheux juste au-dessus du lac qui la consacre. Le site est somptueux, et ce soir particulièrement, au soleil couchant avec une forte brise qui s’est levée et produit une forte houle.

 

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Léglise du Kaneo

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Devant l'église

 

Par des escaliers nous rejoignons les rives dans un pittoresque petit village. Pour 5€ une barque-taxi à moteur va nous ramener au port d’Ohrid. Ça secoue sévère mais la vision de la ville vue du lac se mérite. C’est vraiment très beau. Et ces petits hameaux-quartiers lovés dans des minuscules criques au milieu des cyprès ressemblent vraiment à des petits villages de pêcheurs ancestraux.

 

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Vues du bâteau-taxi

 

 

Ohrid avec toute son histoire, son architecture, sa beauté, n’oublie pas d’être avant tournée vers le lac avec son port, sa marina, ses plages, son « lungolago ». Avant de partir, les enfants retrouvent avec joie les mêmes chevaux à roulettes découverts du côté de la Bosnie l’été dernier. Pendant qu’ils s’amusent, je reste ébahi par le spectacle des vagues du lac qui viennent se fracasser sur la jetée. L’impression de mer est vraiment vivace.
Après une énième galère pour trouver de l’argent à Pogradec ; nous sommes dimanche et je soupçonne tous les ATM d’être à sec, j’en fais deux ou trois avant de pouvoir retirer 30 000, nous nous contenterons d’une petite salade pour terminer la journée.

 

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Avec le drapeau

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Lungolago

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Les poneys à roulettes

 

 

2 août 2014

Les serpents d'Orhid

La nuit a été bonne. Finalement, dormir avec un peu de fraîcheur, ce n’est pas désagréable. Derrière les hauts sapins, le ciel bleu nous prédit une excellente journée, mais à peine le temps de déjeuner et les nuages d’été encombrent à nouveau l’atmosphère.

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Petit déj osus le soleil

 

Dans une épingle, juste au-dessus de Farma Sotira, Louna aperçoit un troupeau de chevaux dans la forêt. Arrêt obligatoire et hennissement de circonstance pour appeler les bêtes. Elle s’améliore sans cesse dans l’imitation des équidés. Ça en devient presque effrayant.

 

Route de Korcë
Les chevaux et Louna, une passion

 

Nous roulons tranquillement, la chaussée passe de très moyen à très mauvais, mais elle sera toujours asphaltée. Elle épouse le relief, parfois en encorbellement au-dessus du lit d’un torrent de montagne, plonge dans un vallon, gravit un versant opposé, reprend son souffle quelques kilomètres sur une petite plaine agricole. Les villages sont rares et pourtant partout où l’on pose le regard on peut observer un hameau ou une ferme isolée. La montagne est rude et sauvage, n’est pas déserte. L’altitude stagne autour de 1 000 m, l’endroit est idéal à parcourir à vélo. La circulation ridiculement faible : quelques vieux bus brinquebalants, des camping-cars en goguettes et de très rares routières.  Rien qui n’empêche de s’arrêter pour photographier un troupeau de chèvres ou un paysage pittoresque. Imperceptiblement, les montagnes se font moins hautes, plus débonnaires ;  les vallées sont plus larges, les plateaux plus longs ;  les vues se dégagent et la végétation se fait plus méditerranéenne, moins montagnarde. Les petits bosquets remplacent les conifères et grimpent aux sommets de collines balayées où apparaissent des affleurements rocheux. A notre droite, les crêtes dénudées des Monts Gramos nous accompagnent. Culminant à plus de 2 500 m, ils séparent l’Albanie et la Grèce dans un décor sauvage.

 

Route de Korcë Route de Korcë

Route de Korcë

Route de Korcë
Route de Korcë


Il n’y a pas que le paysage qui change. Du côté d’Ersekë, une petite ville postée sur un plateau agricole à 1 000 m d’altitude, les maisons ne sont plus sur le mode alpin, pierre apparente et toits de lauze ont disparu. Ici, les tuiles - rouges ou vertes - s’imposent, ce sont des imitations en PVC. On retrouve les maisons carrées à deux ou trois étages.  Plus Korcë se rapproche, et plus ces maisons « neuves » sont nombreuses. Il y a bien quelques minarets mais on aperçoit surtout, clinquantes, des nouvelles églises orthodoxes. La présence de la Grèce voisine a forcément son influence culturelle … et pécuniaire. Sur ce plateau, les champs sont cultivés en petits parcelles (potager, céréales, plantes fourragères) formant une mosaïque bocagère. Sur les contreforts des Gramos, c’est le domaine des pâturages. La route s’améliore aussi très nettement, un dernier col dans un paysage de grands espaces où conduire est un vrai bonheur et nous plongeons sur Korcë (1).

 

Route de Korcë

Route de Korcë
La route de Korcë


La capitale de cette région est installée sur une plaine fertile où les rectangles de cultures dessinent une marqueterie végétale. Korcë est également un grand centre industriel dont on se demande si les hautes cheminées sont encore en service ou irrémédiablement reléguées en friches industrielles. Son périphérique n’incite pas le voyageur à s’arrêter. Immeubles mités dont on se demande comment ils tiennent encore debout, conteneurs à poubelles rouillés et débordants, usines d’un autre temps, trottoirs explosés, réverbères éclatés … mais comme nous sommes en Albanie, ce décor post catastrophe industrielle côtoie des nouvelles tours de verres qui semblent être surgies dans la nuit, stations-services rutilantes, magasins d’aménagement intérieur « à l’italienne », villas cossues voire Hollywoodiennes. En route pour Pogradec, les vendeurs de patates, d’oignons ou  de fruits, sont installés sur le bord de la route. C’est l’époque de la récolte du lin qui égaye les champs de ses fleurs bleues.  
Quelques kilomètres avant Pogradec, le plateau de Korcë se brise, un  grand escalier naturel permet alors à la route de descendre vers le lac d’Orhid, qui se trouve 150 m plus bas. Le panorama sur le lac est spectaculaire. Lové dans son écrin de montagnes, ses 358km2 sont entièrement visibles en arrivant par ce côté. Dans les lacets qui descendent vers Pogradec, des jeunes gens vendent des petits sacs de noisettes. Nous leur en prenons un, pour un euro.

 

Lac d'Orhid
Le lac d'Orhid

 

Nous devons traverser la ville de Pogradec dont la résonnance slave sonne aux oreilles. Pas une belle ville Pogradec. Une grande artère commerçante que nous traverserons plusieurs fois, des rues perpendiculaires qui descendent vers les rives du lac, et une promenade sur les berges qui alternent parcs ombragés et plages. Pas une belle ville, mais une ambiance, une atmosphère orientale de camp de vacances. Une ville où il n’y a rien à voir, mais où tout peut se regarder. Une ville où il faut bon observer l’agitation, l’apparence chaotique des rues, le bruit des véhicules qui se mêlent à celui des gens, ou à une musique pop boumboum balkanique sortie d’un café où la jeunesse a l’oreille vissée au portable.

 

Pogradec
Une rue de Pogradec

 

 

Nous posons notre maison roulante au camping Peshku (2). Un très bon petit terrain,  cela devient une habitude, où nous allons couler quelques jours tranquilles. Idéalement placé au bord de l’eau avec vue sur la Macédoine, terrasse bar-restaurant pour les petites faims et soifs, plage privée avec parasol et chaises longues à la discrétion des campeurs, et un joli ponton qui s’avance sur l’eau limpide. Il nous faut quand même retenir les enfants qui piaffent d’impatience de se jeter à l’eau, le temps d’avaler un énorme plat de meat mixt grill (dont du foie). Tout de même, va pour les crabes d’eau douce qui ont trouvé leur petit paradis sous le béton de la jetée, mais est-ce bien raisonnable de plonger au milieu des trois ou quatre serpents qui sont en train de pêcher sous l’eau  ou de se faire dorer au soleil sur les perrons qui descendent dans le lac ? Je vais voir le gérant de la boîte pour lui demander s’il n’y a pas de danger de morsures mortelles. Il sourit, et dans un excellent italien me certifie que non, « c’est comme des poissons, ils se cachent dès que tu mets un doigt de pied dans l’eau ». En tout cas, pas de quoi effrayer les mioches. Une araignée ça peut faire peur, mais de pauvres serpents, inoffensifs, ça ne va pas réfréner les ardeurs des loulous à profiter à fond du lac. Ils font des ronds dans l’eau, Louna plonge du ponton mais surtout, ils ne lâchent pas leurs épuisettes. Crabes et petits poissons, tout y passe. Deux jeunes filles françaises se prélassent dans l’eau. Je ne veux pas les effrayer, mais je les averti tout de même qu’elles risquent de tomber nez à nez avec un reptile. Autant les mettre à l’abri d’une rencontre inattendue.

 

Lac d'Orhid Lac d'Orhid

Lac d'Orhid
Au camping Peshku

 

Lac d'Orhid
Plongeon

 

Lac d'Orhid Lac d'Orhid

Lac d'Orhid
Pêche sur le lac

Lac d'Orhid
Un compagnon de baignade




Nous filons jusqu’à Lin. Un village au bord du lac caché derrière un promontoire rocheux en forme de presqu’île, à deux pas de la frontière macédonienne. La route qui longe la côte est en travaux, et il faut vraiment conduire lentement si on ne veut pas faire tomber ses amortisseurs au sol. En cette fin de journée, il fait bon déambuler sur la seule rue, parallèle à la rive, qui traverse le village de part en part. Comme nous le fait remarquer Louna, dont le sens de l’observation s’aiguise, en Albanie, les enfants sont libres. En ce sens qu’ils sont toujours dans la rue. En même temps, tout le monde est dans la rue. Les générations se mélangent allégrement, et nouveaux nés, gosses agités, ados branchés, mères de famille débordées, hommes fumant leurs cigarettes, papys oisifs, mémés curieuses, tout ce beau monde arpentent la rue… et même les troupeaux de chèvres ou de moutons que leurs bergères ramènent sagement des pâturages au soleil couchant. Au bout du village un petit sentier fait le tour de  la colline, au bord de l’eau des petits potagers. Le soleil bascule derrière les montagnes macédoniennes alors que ses derniers rayons viennent illuminer la barque d’une famille de pêcheurs qui rentrent au village. Une femme nous exhorte à monter sur la colline pour voir la « vieille église » également mentionnée dans les guides, mais à défaut de la trouver, nous avons une vue globale de Lin, de ses toits de tuiles rouges qui descendent vers le lac, dominés par le minaret de la mosquée et le clocher de l’église. Il se dégage un sentiment de quiétude à travers cette image paisible de la tolérance. Bon, ça c’est l’image que l’on voit si on regarde le village, derrière, malheureusement, c’est un dépotoir, une décharge à ciel ouvert où les plastiques voltigent au moindre coup de vent. Cela semble tout de même réjouir les moutons qui se régalent des détritus. Nous faisons trois courses dans un petit market où on nous sort un fromage - comme souvent, une sorte de féta, plus ou moins affinée - baignant dans son petit lait dans un grand tonneau en plastique, identique au bidon étanche qu’on utilise dans les sorties de canoës. C’est sûr et certain, ce n’est pas un produit industriel…

 

 

Lac d'Orhid
Dominos sur la route de Lin

Lin Lin

Lin Lin

Lin Lin
Des la rue de Lin

Lin
Potager au bord du lac

Lin

Lin
Retour de la pêche

Lin Lin
Lin, ses tuiles rouges, son église, sa mosquée

Lin

Lin Lin
Lin

Lin
L'envers du décor


Trop de vent ce soir pour manger dehors, nous transformons donc notre lit matrimonial en coin salle à manger, banquettes et table installées en deux mouvements. C’est le côté (très) pratique de la cara, même si, vu l’exiguïté, il vaut quand même mieux faire des pâtes qu’une raclette.

 

Lac d'Orhid

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1 :

Orhid

 

2 : Camping Pechku 

1 août 2014

La mule et le portable

Nous voici à peu près à la moitié du voyage. Nous sommes prêts, après avoir parcouru la partie, disons la plus touristique, à nous immerger dans une Albanie plus rurale, plus profonde, peut-être moins marquée par l’occident. L’état de la route que nous allons emprunter n’a pas très bonne réputation. Je suis assez confiant, mais la petite frayeur des pneus me rappelle que les routes du pays ne sont pas une sinécure. Les 230 km qui vont nous mener à Pogradec, sur le lac d’Orhid, à la frontière avec la Macédoine, nous allons les découper en deux parties (1).  A mi-chemin, je sais qu’il existe un camping.
Avant de démarrer, je m’occupe de changer quelques euros dans un Kembumi, un petit bureau de change. Ces histoires de plafond de retrait d’espèces me pèsent. Quand on a un imprévu, comme il vient de se passer, on a vite fait de se retrouver à compter chaque euro. Si en plus on compte les commissions que la banque ne manque pas de prélever à chaque retrait, l’intérêt de ne voyager qu’avec un CB devient limité. Le change de liquide, sans commission s’il vous plaît, finit de me convaincre que lors d’un prochain voyage je vais apporter avec moi la valise de billets.
Nous quittons donc Gjirokastër et les centres d’intérêts, disséminés dans toute la vallée du Drinos. Monastère isolé, ruine antique de Antigonea, tekke Bektashi, forteresse de Tepelenë et balades en montagne… encore un coin où l’on pourrait passer une semaine sans s’ennuyer une seconde. Nous suivons donc le Drinos jusqu’aux portes de la ville de Ali Pacha, Tepelenë, à la confluence du Drinos et de la Vjosa. La route fait le tour de la montagne Lunxhërisë, une haute chaîne calcaire infranchissable. Arrêté à un contrôle de police, le conducteur de la voiture qui nous précède se voit prier d’ouvrir son coffre, dans lequel j’aperçois la tête d’une chèvre, vivante, ligotée dans un sac en plastique. Tout est normal. Nous, on nous fait circuler. Assis à la terrasse d’un café/restaurant qui présente ses truites dans de grands aquariums, les clients observent impassibles le travail des agents. Le local est situé sous un petit torrent qui dévale le talus et vient arroser en cascatelles le toit du restaurant. Climatisation naturelle. Zéro émission de carbone. 

Vers Teppelenë
Climatisation naturelle

 

Le long de la Vjosa, la route devient plus chaotique, le revêtement moins régulier, nous roulons juste un peu plus vite que les très nombreux attelages à quatre pattes que nous croisons. Dans les champs, chèvres, vaches, moutons paissent, les cultures profitent de l’étroite plaine pour former un patchwork.  La Vjosa s’insinue entre les montagnes et malgré les 200m d’altitude, le paysage ressemble étrangement aux Hautes-Alpes avec ses forêts de conifères. Seul regret de la journée, les montagnes sont prises par des lourds nuages blancs qui recouvrent les sommets calcaires. La rivière creuse de petites gorges dans les strates rocheuses du terrain en serpentant entre les sommets. Beau terrain de jeu pour du rafting ou plus calmement, une partie de pêche à la truite. Nous passons Këlcyrë et Përmet, petites villes typiques de l’Albanie, avec leurs immeubles de briques décrépis, les bâtisses carrées et sans charme, des bâtiments publics, école, mairie, hôpital en bien tristes états, image d’Epinal de l’architecture communiste. De quoi se demander où sont passés les pierres historiques de ces bleds pourtant grands centres commerciaux aux temps des ottomans.

 

Route de Permët Route de Permët

Route de Permët Route de Permët

Route de Permët
Sur la route de Permët

 

La Vjosa près de Permët
La rivière Vjosa

 


Nullement Indiquées dans les guides, découvertes grâce à la magie de Google Earth, les Gorges de Lengarice font parties de mes coups de cœur. Juste après Përmet, une petite rivière dont le lit rocheux s’étale sur des centaines de mètres, dévale des montagnes et rejoint la rive droite de la Vjosa. Un peu plus haut la route goudronnée s’arrête sur un pont, le chemin, en travaux et bientôt asphalté, poursuit dans la montagne. C’est ici que débutent les gorges. Un pont ottoman avec son unique arche de belle facture domine des petites piscines aménagées où des gens se baignent. Ce sont des eaux thermales sulfureuses. L’eau est à 25/30° et une fois le nez habitué aux odeurs, il est plus qu’agréable de s’y glisser. Elles ont des vertus pour l’estomac, la peau et les rhumatismes. Mais ce n’est pas le seul atout du site. En remontant le lit de la rivière, soudain, la gorge se resserre en un véritable canyon dont l’étroitesse est inversement proportionnelle aux falaises calcaires qu’il a creusé. Il y a encore deux ou trois vasques d’eaux thermales. C’est magnifique. Un albanais de Milan très surpris de nous voir dans ce coin qu’il ne connaissait pas lui-même quelques années plus tôt, m’explique que l’on peut remonter le canyon sur quelques kilomètres. Malheureusement il ne fait pas très beau, il y a même quelques gouttes de pluie. Interdiction de prendre le risque de voir une soudaine montée des eaux déclenchée par un orage estival. Mais que ce coin est beau. Je suis excité comme un gosse qu’on lâche dans un parc d’attraction.

 

Lengarice

Lengarice Lengarice

Lengarice
Le pont ottoman et les bains thermaux

 

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Lengarice
Toilettes écologiques

Lengarice

Lengarice

Lengarice
Les vasques d'eaux sulfureuses (25/30°)

 

Lengarice

 

Lengarice Lengarice
Le canyon

 

 


Pas très loin des bains, nous déjeunons dans un chalet de type alpin. Du mouton accompagné de Perime (des légumes grillés : poivrons, courgettes, aubergines, le fabuleux trio estival) qui nous laisseront un excellent souvenir. A l’intérieur, les enfants découvrent une peau d’ours accrochée au mur. Quelques spécimens vivent en liberté dans ces montagnes profondes.

 

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Salade et Perime, le bio dans l'assiette

 

A quelques kilomètres de la frontière grecque, la route abandonne le cours de la Vjosa s’incurve vers le nord et devient très sinueuse. Le bitume est en mauvais état, les nids de poule se succèdent et l’étroitesse de la chaussée nous oblige à redoubler de prudence, même si la circulation est vraiment faible. Nous pénétrons dans la montagne en nous élevant rapidement. Au loin, on aperçoit des petits hameaux, des mas isolés. Les cultures en terrasse sont encore bien vivantes. Parcelles de céréales alternent avec des vergers, parfois de la vigne. 

Sur la route de Leskovic
Sur la route de Leskovic

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Rencontre sur la route

 

Sur la route de Leskovic
La route étroite et sinueuse


Leskovic est une petite ville de montagne, posée au sommet d’un col, autour de 1 000 m d’altitude. Des immeubles communistes aux pieds de montagnes calcaires et d’un paysage naturel qui n’a pas dû changer depuis des siècles. Il y a quelque chose d’incongru, de spécifiquement albanais. Le ciel lourd vient rehausser le paysage sauvage. Aux pieds d’immeubles lépreux couverts de paraboles, postés à côté de deux vieux fourgons qui reposent sur leurs essieux, un groupe de quatre ou cinq jeunes - qu’on qualifierait ici « des cités » - nous regardent amusés chercher notre chemin. L’un d’eux s’approche et nous indique la route à suivre. Un peu plus tôt, juste avant l’entrée de la ville protégée par une série de gros bunkers qui servent aujourd’hui de granges à foin, un petit troupeau de chevaux en liberté fait la joie de Louna.

 

 

Leskovic
Les chevaux de Leskovic

Leskovic

Leskovic
Leskovic, posée sur un col à 1 000m

 

Arrêtés sur le bord de la route pour photographier Leskovic, je vois s’avancer une vieille femme, fichu sur la tête, en amazone sur sa mule noire, tirée par une autre mule qui porte des bidons de lait traditionnels. Image d’un autre temps, soudain contrecarrée quand j’aperçois la dame un téléphone portable à l’oreille. Double visage de cette Albanie, jamais avare de surprises et dont la complexité se dessine de jour en jour. Je suis tout de même surpris par l’adaptation de ce pays au monde moderne. Bien entendu, les infrastructures laissent encore à désirer et il ne faut pas nier le retard de développement. Pourtant, il y a comme « un miracle albanais ». Il faut avoir conscience que toutes les personnes de plus de 30 ans que nous croisons ont toutes connu l’isolement imposé par la dictature, n’ayant comme seul lien avec l’extérieur, la télévision italienne et sa vitrine d’un capitalisme souvent vulgaire. Toutes ces veilles personnes qui s’attablent pour jouer aux dominos, elles ont toutes supporté ce décor répressif et misérable. Elles ont subi une propagande intense dépeignant le pays des Aigles comme un « paradis socialiste » et l’étranger comme un enfer inégalitaire. Puis, une fois la chute du communisme entérinée, voici les crises financières et les émeutes de 1997 qui laisseront le pays exsangue. La liberté au prix du vol libéral. Malgré cette histoire déprimante, voici donc l’Albanie capable de proposer une telle  image. Ce n’est pas tant que le portable soit un miracle, mais enfin, c’est au moins un signe que la population s’accroche aux wagons de la modernité, même dans des endroits aussi reculés.

 

Leskovic
La caravane, la mule et le portable

 

Nous parvenons au bout de notre trajet du jour, dans un paysage de moyenne montagne. Les sommets sont plus arrondis, moins dolomitiques que du côté de Përmet. Les conifères sont toujours dominants. La ligne de crête des Monts Gramos sert de frontière avec la Grèce qui se trouve à un vol d’aigle. Nous traversons des troupeaux de chèvres qui trouvent sur ces plateaux perchés un garde-manger idéal. Nous échangeons à travers les fenêtres ouvertes avec des touristes en camping-car, le temps de laisser passer le mieux placé des attelages. Certains semblent littéralement épuisés par le trajet qu’ils ont effectué d’une traite depuis Korcë. Nous sommes bien heureux d’avoir décidé de couper la poire en deux.

 

Après Leskovic Après Leskovic

Après Leskovic
Paysages de montagne sur la route

 

D’autant plus que le camping du Farma Sotira (2) mérite amplement l’arrêt. C’est un peu plus qu’un camping d’ailleurs. C’est d’abord une ferme où le couple gérant élève chèvres, vaches, moutons. C’est aussi une pisciculture où des belles truites barbotent dans des bacs. C’est enfin une auberge où il fait bon déguster la production de la ferme. Cerise sur le gâteau, ils ont aussi quelques chevaux. On permet à Louna de faire une petite balade sur la jument, elle est radieuse.

 

Farma Sotira Farma Sotira

Farma Sotira Farma Sotira
Farma Sotira, un coin idyllique

 

 

Voilà sans doute l’un des exemples à suivre pour développer le tourisme en Albanie. Si la côte est un atout majeur pour l’économie touristique, elle reste toutefois limitée dans ses proportions, il y a un peu plus de 400 km entre le Monténégro et la Grèce. Par contre, et notre périple est en train de nous le confirmer, les reliefs de l’intérieur sont un véritable trésor pour le tourisme vert. Encore largement inexploitée, la campagne albanaise a un potentiel énorme dans ce domaine. Tout reste à faire. Les routes encore peu goudronnées laissent entrevoir des perspectives d’explorations infinies. Vallées, rivières, églises et monastères, villages dont la vie se déroule comme « autrefois », pistes pour VTT ou 4x4, chemins de randonnées, balades équestres, produits bio, l’Albanie peut miser sur sa nature.
Le Farma Sotira possède également des chambres disponibles pour passer un petit séjour dans ce coin de nature. La ferme, les annexes, la terrasse du restaurant, les bacs à truites qu’enjambe un petit pont, tout est en pierres apparentes et toits de lauze. Une fois de plus, c’est de bon goût et classieux. Comme il n’y a qu’un groupe de jeunes sportifs tchèques qui arrivent sur le tard et le fourgon d’un couple d’italiens, nous avons l’embarras du choix pour poser la « cara ». Nous mangeons une de leur excellente truite au restaurant.

 

Farma Sotira
La truite de la Farma Sotira

 

Le ciel s’est dégagé et les étoiles ont fait leur apparition. La fraîcheur de la nuit nous rappelle que nous sommes en altitude et nous dormirons pour la première fois de l’été dans nos duvets cette nuit.

 

Farma Sotira
Tranquilles

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1 :

Gjiro-farma

 

2: Le camping de Farma Sotira

31 juillet 2014

La ville de pierre

La première fois que j’ai vu une image de Gjirokastër, c’était une vieille photo noir et blanc dans un livre. Elle donnait une vue d’ensemble de la ville avec ses toits de lauzes, ses bâtiments de pierre d’entre lesquels émergeaient des minarets. J’avais été saisi par la beauté sévère de cette cité albanaise. Je me souviens vaguement m’être dit que le monde réservait bien des lieux étonnants. L’Albanie n’était encore qu’un pays fantôme, un trou noir dans la géographie européenne. Je m’étais fait la promesse inconsciente qu’un jour je verrai Gjirokastër, « la ville de pierre », telle que l’a baptisée l’un des deux plus illustres enfants du pays, Ismaïl Kadaré. L’autre n’est autre que l’ancien dictateur Enver Hoxha. Les deux personnages sont un peu comme les deux faces de la même pièce.

Kadaré est devenu l’un des écrivains majeurs européens et sans conteste le plus grand des albanais. Ses livres sont traduits dans plus de trente langues et distribués dans le monde entier. En équilibre entre « réalisme socialiste » pour les uns et pourfendeur de ce même régime pour les autres, son œuvre est l’une des rares fenêtres ouverte sur l’Albanie des années Hoxha. Dans « Chronique de la ville de pierre » (1) Kadaré peint un tableau historique de sa ville à travers les affres de la seconde guerre mondiale. Roman peut-être le plus autobiographique de Kadaré, on suit toute une galerie de portraits attachants à travers les yeux de l’enfant qu’il était. Des albanais qui voient la ville tomber alternativement dans les mains des italiens ou des grecs, puis des fascistes allemands, pendant que les partisans communistes ourdissent leur prise de pouvoir dans le maquis. « Chronique de la ville de pierre » est aussi et surtout, un dictionnaire amoureux de Gjirokastër.

Enver Hoxha étudie dans sa jeunesse au lycée français de la ville, puis à celui de Korcë. Dans les années trente, il passe quelques années à Montpellier, puis Paris, où ils côtoient les communistes français. Partisan de la première heure, il gravit les échelons du parti et prend le pouvoir en Albanie dès 1945. La République Populaire d’Albanie est reconnue dès 1946, notamment par la France. La résistance antifasciste, déjà purgée des nationalistes et des monarchistes, est alors uniquement aux mains des communistes dont Hoxha est le leader. Commence alors pour le pays un long tunnel qui ne s’achèvera qu’après sa mort. Si les premières réformes agraires favorisent le peuple au détriment des anciens grands propriétaires terriens, rapidement, le Parti exerce sa dictature du prolétariat d’une main de fer. L’Albanie se renferme alors de plus en plus sur elle-même. Les purges internes au Parti se succèdent et un climat de défiance s’instaure dans toute la société. La paranoïa du régime s’accélère avec l’arrivée au pouvoir de Khrouchtchev et sa politique de « déstalinisation ».  Le leader soviétique est considéré par Hoxha comme un révisionniste. C’est la rupture (1960). Toute heureuse de l’aubaine, la Chine prend le relais du Grand Frère Soviétique pour se rapprocher de l’Albanie et mettre un pied au sein de l’Europe. Mais l’idylle sino-albanaise sera également de courte durée,  le rapprochement de la Chine avec les Usa, et l’abandon de la doctrine maoïste scelle ce nouveau divorce. Nous sommes en 1978 et l’Albanie devient le seul bastion de l’orthodoxie staliniste. Malgré les progrès économiques (industrialisation, agricultures planifiées, hausse du niveau de vie de la population) et sociaux (scolarisation, médecine gratuite, baisse des inégalités, droits des femmes) enregistrés par un pays qui avait hérité d’un retard abyssal de développement après la période ottomane, la crispation politique de son leader conduit l’Albanie dans le mur. Tous les paramètres économiques virent au rouge et le pays devient une vitrine désuète et passéiste de la doctrine marxiste-léniniste, que les plus fervents idéologues européens, invités au compte-goutte par le Parti, viennent observer. Enver Hoxha disparaît en 1985 laissant sa nation exsangue. Il n’assistera pas à la chute du bloc - bien effrité - communiste.

Ah, si Enver pouvait voir le petit déjeuner « continental » que l’on nous sert au rez-de-chaussée de l’hôtel. Saucisses, œufs, tomates, concombres, fromage, beure, confitures… une opulence toute capitaliste.

 

Hôtel First Gjirojastër
P'tit déj à l'hôtel

 

Nous voici enfin partis dans les rues de Gjirokastër. Si Berat est blanche, la ville de Kadaré est grise. Mais pas un gris triste de béton, un gris pur des lauzes qui coiffent les maisons de la ville haute et lui donne toute sa caractéristique. Comme à Berat, la ville est en pente. Jugez plutôt, le centre-ville, son cœur historique, là où se tenait le bazar, où convergent toutes les rues, est un col, le Qafa e Pazarit. Comme à Berat, les pavés sont lustrés et glissants. Il y a bien 150m de dénivelée à gravir pour atteindre la citadelle, ce long édifice militaire qui coiffe les toits, depuis l’hôtel. Si les premiers mètres sur le boulevard qui fait office de marché ne posent pas de problème, il en est autrement dès que nous quittons la grande artère pour grimper sur des ruelles de plus en plus étroites et pentues. Louna n’a que faire d’admirer les magnifiques témoignages de l’art urbain ottoman qui font de la ville un patrimoine mondial de l’Unesco. Pas question alors de visiter la maison natale de Kadaré qui décrit si bien la ville en la comparant à un être préhistorique dont les toits sont couverts de plaques de pierres grises semblables à de gigantesques écailles. Une ville tellement penchée où si l’on glissait sur le côté d’une rue, on risquait de se retrouver sur un toit…

 

Gjirokastër
Marché

 

Gjirokastër
Le stade terasse

 

Gjirokastër Gjirokastër
Les ruelles de la vieille ville


Comment en vouloir donc à une gamine de 8 ans de rouspéter toutes les cinq minutes ? Je lui promets la magnifique terrasse qui ne doit pas manquer de se trouver tout au sommet de la citadelle… pardon, du château fort. Ivann, lui, marche sans sourcilier. C’est sans doute grâce aux supers pouvoirs de sa cape de superman qu’il a enfilée aujourd’hui. Les supers héros n’ont pas mal aux jambes et n’ont jamais soif.
Au fameux col, une rangée de chaises à l’ombre est occupée par des hommes en chemises, pantalons de toiles et coiffés de chapeaux. Ils s’occupent de déjouer les pièges du soleil en passant un peu plus tard sur les chaises du café d’en face, actuellement en plein soleil. Comme ça, en fin de journée, pas de jalousie commerçante.

 

Gjirokastër

Gjirokastër

 

Gjirokastër
Le col

 

Nous terminons l’ascension en contournant l’enceinte orientale de la forteresse, puis empruntons un tunnel piétonnier qui passe sous les remparts. Nous pénétrons les imposants murs après nous être acquittés de note obole. Pour sortir sur l’esplanade il faut traverser une longue galerie où sont stockées des vieilles pièces d’artilleries. Si Louna les dédaigne, Ivann, qui est désormais dans sa période « je suis un garçon », pose fièrement devant les canons. La citadelle épouse parfaitement le promontoire rocheux qui domine toute la ville et la vallée du Drinos. Contrairement à Berat ou Krujë, la citadelle n’avait qu’une vocation militaire, il n’y a pas d’habitat à l’intérieur. Elle fût même utilisée comme prison. Sur l’un des rebords trône un avion américain, soit disant espion, qui avait été forcé de se poser en catastrophe dans la vallée en 1957. Il fût le symbole du triomphe de l’Albanie Socialiste sur l’Oncle Sam.

 

 Gjirokastër
Les remparts de la citadelle

Gjirokastër Gjirokastër

Gjirokastër Gjirokastër
Dans la citadelle

 

Il ne faut vraiment pas manquer cette balade. La vue qui se dégage de ce belvédère est somptueuse. Les différents quartiers semblent autant de petits hameaux indépendants, séparés les uns des autres par des touffes d’arbres. Parce que Gjirokastër ne manque pas de verdure. Les toits de lauzes avec leurs gigantesques écailles forment un tableau homogène de toute beauté. Le bâti, qui date pour l’essentiel de la première moitié du XIXe siècle est d’autant plus remarquable vu d’en haut. On saisit parfaitement l’architecture de ces maisons historiques. Elles s’élèvent sur trois étages bien distincts, utilisés différemment selon les périodes de l’année. Particulièrement caractéristiques de Gjirokastër, certaines possèdent des tourelles défensives (la Kulle turque). Elles ont l’aspect de petites forteresses. Enfin, il n’est pas rare de voir, comme à Berat, de superbes encorbellements à l’aplomb des rues. Dans chaque quartier ces maisons se regroupent, serrées les unes aux autres, formant un labyrinthe d’étroites ruelles aux pavés blancs, noirs ou roses. Les rangées de hautes fenêtres regardent vers la vallée. Nous surplombons le col, véritable carrefour de la ville, près duquel s’élève le minaret de la mosquée. Là, les maisons sont badigeonnées à la chaux, alors que dans d’autres quartiers c’est la pierre grise qui prévaut. L’agglomération, avec ses blocs d’immeubles et son stade-terrasse, se répand au pied de la colline. Autour, les montagnes et leurs lignes de crêtes à 2 000m semblent protéger la ville, soulignant encore plus, s’il le fallait, ce lieu unique et singulier.  Je peux imaginer que pour les anciens de la « ville de pierre », le monde commençait et s’arrêtait là, dans le creux de cette petite plaine du Drinos, faisant de l’ailleurs un mirage injoignable.

 

Gjirokastër

Gjirokastër

Gjirokastër

Gjirokastër

Gjirokastër
Vues de la ville depuis la citadelle

 

Le soleil cogne sévère sur ce parvis dénudé et pendant que des ouvriers sont en train de mettre à bas l’ancienne estrade qui doit dater de Enver Hoxha, je dois bien être contraint d’admettre que le « merveilleux café » sur la terrasse n’existe plus. Pire, nous ne trouvons ni robinet d’eau, ni distributeur de boissons. Louna fait franchement la gueule. Et avant qu’elle n’utilise les armes du château contre son propre père, nous nous enfuyons à grandes enjambées. Heureusement, nous trouvons rapidement une terrasse agréable dans le parc sous les murs de la citadelle. Nous pouvons nous désaltérer, et ayant évité de justesse la sentence cruelle de ma fille, je m’offre un bon demi litre de Tirana Beer.

 

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On se détend

 

Nous redescendons dans les rues après avoir signé un cessez-le-feu  provisoire. Comme le dit Kadaré, parfois, nous avons réellement l’impression de marcher sur les toits. Au niveau de la mosquée du Bazar, l’appel du muezzin retentit dans la cité. Frissons garantis, nous ne sommes pas loin d’être projetés  à l’époque ottomane.

 

 

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Gjirokastër
Les toits sont couverts de plaques de pierres grises semblables à de gigantesques écailles

 

Au Col, nous profitons d’un des rares endroits à souvenirs du pays pour lâcher les gosses dans les petits magasins. Les visages de Mère Theresa -hé oui, elle était albanaise, enfin, née en macédoine ottomane, de religion catholique dans une région plutôt orthodoxe… une femme des Balkans quoi - de Enver Hoxha et de Skanderbeg sur des magnets. J’espère que Kadaré n’est pas offusqué de ce manque de reconnaissance. Ivann choisit une hache en bois - ce qui lui donne une sacrée touche avec son déguisement de superman - et les deux une pochette avec les insignes de l’Albanie. Juste à côté du magasin il y a un four à bureks. Nous commandons quatre pièces qu’une femme prépare devant nous. Il n’y a plus qu’à manger, autour d’une minuscule table sur le trottoir, tout en observant la rue animée.

 

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Magnets souvenirs

 

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Le four à Bureks

 

Nous faisons quelques pas sous le col et il est inconcevable de ne pas s’arrêter à la fabuleuse terrasse du Fantazia. Encore un lieu élégant, un peu lounge, où passer un instant est un vrai plaisir. Posté en balcon au-dessus de la ville, le restaurant jouit d’une vue inouïe sur toute la cité et les montagnes qui s’encapuchonnent de gros nuages blancs. On pourrait photographier sans se lasser chaque maison. Notre superman, lui, vole sur les toits.

Gjirokastër

Gjirokastër

Gjirokastër

 

Gjirokastër
Sur la terrasse panoramique du Fantazia

 

A travers les rues en pente, sur les pavés gris, blancs et roses, nous dévalons la cité historique. Les maisons ottomanes sont vraiment remarquables, et parfois, elles laissent entrevoir des cours intérieures ombragées et odorantes, petits havres de paix où il doit faire bon faire la sieste. Il est l’heure de la sacro-sainte institution d’ailleurs. Et à part un taxi dont on se demande comment il fait pour gravir la côte escarpée, les rues sont désertes. Dans la nouvelle ville, c’est idem. Nous nous mettons alors au diapason de la population, rentrons à l’hôtel et pendant que les gosses matent les Winxs en albanais, nous faisons une petite sieste dans la chambre climatisée.

 

Gjirokastër Gjirokastër

 

En préparant le voyage, j’étais tombé sur une vidéo d’un duo d’amis néerlandais qui avaient choisi l’Albanie pour effectuer un voyage initiatique… en mobylette (2).  Dans un village tout près de Gjirokastër, à Lazarat précisément, ils découvrent un village tout entier dédié à la culture du cannabis. Leur film posté sur You Tube allait faire rapidement le buzz et l’Albanie devenir aux yeux de bon nombre de jeunes européens un nouvel éden du hachisch. Il ne s’agissait pas de quelques plants chéris par des nostalgiques des seventies, mais d’une véritable économie à échelle industrielle, impliquant toute la population entièrement dévouée à cette production. Comment résister à la curiosité de voir le Riff en plein cœur de l’Europe ? J’embarque donc toute la famille dans la voiture après la sieste et direction Lazarat. Le petit village est  typique de la région avec ses toits de lauzes et ses pierres grises. Il ne se trouve qu’à quelques hectomètres de la nationale. Seuls dépareillent des hauts murs de moellons, montés de façon rapide, qui délimitent les terrains cultivés, et des hangars de tôles sur chaque parcelle. Au centre du village, au pied de la mosquée, nous apercevons un camion blindé de la police avec des soldats armés qui tiennent la garde. Ambiance de guerre. Pas la peine d’être très intuitif pour comprendre que nous sommes des intrus. En tentant de faire demi-tour dans une des rues du village qui montent à l’assaut de la montagne, nous voyons quelques touffes de marijuana qui poussent dans les détritus ou sur les bas-côtés de la chaussée, de manière sauvage. Lazarat était bien la Mecque du cannabis (3). Mais à part ces indices, il n’y a plus de plantations. Autour du 20 juin, il y a un peu plus d’un mois donc, l’état, alors en pleins pourparlers pour sa demande d’adhésion à l’UE, a repris avec force le contrôle de Lazarat. Pendant une semaine, 500 policiers et trafiquants se sont affrontés. Une fois le calme revenu, 90 000 plants de cannabis ont été détruits. La production locale s’élevait à plus de 900 tonnes, rapportant la bagatelle de 4.5 milliards d’euros, soit la moitié du PIB de l’Albanie. Sans conteste une belle - très belle - réussite dans un monde en crise économique. Certaines villas disproportionnées en attestent également. Dans un pays en proie à d’énormes difficultés, cette culture intensive donnait du travail. Des milliers de laborieux venaient de tout le pays pour travailler dans les champs. Cannabis ou pommes de terre, pour eux c’était… kif-kif. J’ai même lu, çà et là, que beaucoup regrettaient cette intervention et se demandaient de quoi ils allaient pouvoir vivre à présent. Nous sommes donc arrivés après la bataille, témoins téméraires de la reprise en main par l’état albanais d’un territoire qui lui échappait de fait. Nous comprenons alors la présence des barrages policiers autour de Gjirokastër, et le nombre conséquent de tunique bleue très foncée à l’hôtel. Ce qui est quand même le plus étonnant - ou inquiétant ? – dans l’histoire, c’est la proximité du village avec une ville comme Gjirokastër et la principale route nationale qui file vers le Grèce. Lazarat n’était pas un bled isolé dans une montagne inaccessible. Au contraire.

 

Lazarat Lazarat
Tiens, de l'herbe !

 

Après l’aventure glissante sur le col hier, il est hors de question de s’engager en l’état sur la partie la plus tortueuse de notre parcours  - nous voulons remonter sur Korcë, dans l’est du pays, par les montagnes. Nous décidons d’intervertir les pneus. En Albanie, les Gomisteri sont encore plus nombreux que les mules et les ânes. Ce sont des petits garages de pneumatiques, parfois un simple toit de tôle, que l’on trouve de partout, où on les répare et les vend.
Comme dans les tous les pays méditerranéens, la voiture est un emblème de la virilité masculine – nous verrons très peu de femmes au volant. Un emblème qui est apparu très tard dans le paysage albanais. Pensez-donc, jusqu’en 1991, la voiture privée était purement et simplement interdite. C’est pourquoi finalement, et de façon surprenante, les voitures que nous croisons au pays des Aigles, ne sont pas des épaves antédiluviennes. Au contraire, on croise beaucoup de berlines allemandes plutôt de bonne facture. Bizarrement, il y a aussi beaucoup de voitures avec volant… à droite. Les albanais étant très soigneux avec leurs automobiles et les routes tellement poussiéreuses, une véritable économie gravite autour des axes routiers. Les Lavazh (Lavage) sont omniprésents. On peut faire nettoyer sa voiture aux quatre coins du pays. Souvent, il s’agit de quelques jeunes gens avec un simple tuyau ou pour les plus équipés, un Karcher. Il arrive même que plusieurs Lavazh se suivent, profitant d’une source proche. Petit boulot mais véritable service. Mais comme pour le Berber, nous ne passerons jamais la Picasso sous les jets. Et pourtant, elle aurait mérité de se faire un peu chouchouter avec ce qu’on lui fait subir.
Il est peut-être encore un peu tôt, et les Gomisteri semblent tous fermés. Je me renseigne dans un garage classique et l’un des types s’empressent de prendre sa voiture. Il nous guide jusqu’à l’un de ses collègues. Nous tentons d’expliquer ce que nous voulons. Se met alors en branle la chaine des connaissances, on va chercher machin qui parle un peu anglais, puis machine qui connaît un peu d’italien. Le patron, par l’intermédiaire des traducteurs, m’explique alors que les pneus à l’arrière sont morts. D’après lui, ils sont déformés et il n’est pas prudent de rouler avec. Il peut les changer. Il en a justement deux neufs. Combien ? 150€ avec le montage. J’hésite un peu, est-il en train de me pigeonner ? Me fait-il payer le prix fort ? Comme je lui ai expliqué que nous allions sur Korcë – ce qui a eu pour effet de déclencher des exclamations de surprises et de mise en garde sur l’état épouvantable de la route – qu’Ivann est en train de faire une sieste prolongée, que Louna est scotchée à son livre, il doit croire que nous sommes en route. Nous prenons le risque de nous faire esbroufer et je donne mon aval. Il m’installe les nouveaux pneus à l’avant et relègue les deux anciens à l’arrière. Le tout démonté et monté, le temps que j’aille faire un retrait d’espèces (car pas de CB évidemment) à 500m du garage. Je crois qu’en France, j’aurais dû y consacrer une demi-journée en prenant rendez-vous deux semaines avant.  
Nous passons faire des courses dans un supermarché, encore très rare en Albanie, et en profitons pour acheter un jeu de dominos, histoire de nous mettre en phase avec  les albanais. Pendant que je me bagarre avec le wifi de la terrasse de l’hôtel, afin de comprendre le lexique bancaire barbare du plafond glissant - nous sommes limite en retrait d’espèces après les 150€ des pneus - les trois autres se font des parties endiablées de dominos dans la chambre.

GjirokastërDominos à l'Hôtel

 

Juste à côté de l’hôtel nous emmenons les enfants dans un Luna Park où ils s’éclatent avec d’autres gosses sur les jeux gonflables. Il est plus de 22h quand nous quittons le restaurant où nous étions venus hier soir. Nous ne tarderons pas à dormir. Demain, on ne sait pas trop ce qui va nous attendre sur la route.

 

Gjirokastër Gjirokastër
Luna Park

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1 : Chronique de la Ville de Pierre

2 : The Albanian WEED Village - Lazarat

3 : Lazarat cannabis

 

 

 

 

 

30 juillet 2014

Glissade vers l'hôtel

Nous saluons voisins et hôtes et repartons après cinq journées bien remplies. Ce soir nous serons à Gjirokastër (1). Il faut d’abord reprendre la route jusqu’à Sarandë. C’est l’occasion d’admirer une dernière fois la côte. Le ciel est blanc ce matin, voilé, il fait lourd. Sur la ligne d’horizon, tel un mirage, surgit une masse sombre et longiligne. J’ai beau réfléchir, il n’y a pas d’autres îles que Corfou dans les parages. Il faut donc se rendre à l’évidence, cette ligne ce sont les côtes italiennes.
A Sarandë, la route s’incurve vers le nord et devient moins bonne. Nous laissons le monastère de Mesopotam et le site antique de Foinike à leur solitude. Par contre, impossible de ne pas nous arrêter à l’Œil Bleu (Syri i Kaltër), l’un des sites naturels les plus visités de l’Albanie. Pas simple d’y accéder, et surtout de se garer, avec la caravane, au bout d’un kilomètre de route étroite et défoncée. Si le coin était autrefois réservé aux caciques du parti, aujourd’hui, vous êtes accueillis par des petits bungalows, un restaurant/bar avec des terrasses sur ponton. L’Œil Bleu est une étonnante source d’eau douce. C’est une résurgence. L’eau bouillonne en sortant d’un trou de 45m de profondeur, comme si une énorme pompe propulsait l’eau des entrailles de la terre. Elle est d’une pureté absolue dont la couleur bleutée saisissante donne son nom au site. Elle ne fait pas plus de 10° et les jeunes gens qui bravent l’interdit et plongent de la petite passerelle en bois en ressortent transis. C’est le cas de deux jeunes touristes français qui arrivent de Belgrade et se sont arrêtés ici en bus. Cela nous rappelle des vieux souvenirs de jeunesse. Heureux qui comme Ulysse est encore jeune quand il voyage. Surtout qu’à une des tables du restaurant, de jeunes sirènes aux attributs avantageux  risquent de les ensorceler.De jeunes mariés posent sur le ponton pendant que leurs cameramen et photographes préparent des drones pour les reprises.  La source devient rapidement une rivière qui vient alimenter un barrage en aval. Sur le bord de cette rivière, nous mangeons à la terrasse-ponton du restaurant. Une fois encore le pays nous montre son bon goût pour l’art de la table. Il fait vraiment bon s’attarder au bord de l’eau où des petites bulles de micros résurgences viennent éclater au contact de l’air. Nous essuyons quelques petites gouttes de pluie en repartant.

 

L'oeil bleu
La résurgence de l'oeil bleu

 

 

L'oeil bleu L'oeil bleu

L'oeil bleu
Devant l'Oeil bleu

L'oeil bleu
La rivière

L'oeil bleu
Restaurant à l'oeil bleu

 


De nouveau sur la route du col qui mène à Gjirokastër, je dois ralentir derrière un gros camion pétaradant qui transporte du bois. Je passe en première, mais suis tout de même dans l’obligation de m’arrêter, il roule trop lentement. Je le laisse prendre un peu le large et redémarre. Mes roues avant patinent sur la graisse et l’huile que la petite pluie a fait ressortir. Impossible d’avancer. Je sens des sueurs froides se glisser le long de mon échine. C’est comme être sur de la neige ou du verglas. Je recule un peu, pendant que les voitures me dépassent. Avec la cara aux fesses, les marches arrières ne sont pas évidentes. C’est une route étroite de montagne, et c’est assez raide. J’essaye encore une ou deux fois, mais rien à faire, le sol est trop glissant. Je me retrouve alors dans un virage, la situation devient compliquée et périlleuse. Je mets alors la roue côté passager sur le bas-côté gravillonneux, et l’attelage se remet en branle avec difficulté. Dans les plus forts pourcentages, les roues continuent d’avoir une très mauvaise accroche et à chaque épingle à cheveu j’ai l’impression désagréable de conduire sur une route enneigée. Je ne maîtrise que moyennement l’affaire et nous retenons notre souffle. J’ai pourtant des pneus neige, mais je ne les ai pas intervertis avec ceux de derrière comme me l’avait conseillé mon garagiste. Bien fait pur moi. Le col de Muzinë est à 570m et il marque la frontière entre le district de Sarandë et celui de Gjirokastër. Nous nous souviendrons longtemps de ces 6 km de montée. Le paysage est magnifique et inquiétant avec ses lourds nuages bas qui semblent vouloir déverser des trombes d’eaux d’un moment à l’autre. Mais je n’ai pas trop la tête à la contemplation, la descente risque d’être épique. Je redouble de prudence et laisse glisser nos deux tonnes de ferrailles jusqu’à la vallée du Drinos.

 

La plaine du Drinos
En descendant du col, la plaine du Drinos

La plaine du Drinos
Sur la route de Gjirokastër

 

La frontière grecque n’est qu’à 10km et les énormes bunkers qui gisent çà et là, parfois isolés, souvent par paires ou quatuor, le rappellent. La nationale file vers la ville à plat, nous sommes tirés d’affaire. Il y a un peu moins de 30km entre Sarandë et cette vallée, mais il nous semble avoir été projeté dans un autre pays. La vallée glacière du Drinos est une plaine agricole à 250m d’altitude, encaissée entre deux barrières de montagne. A l’ouest le Mali i Gjere qui culmine à 1 700m, à l’est le Mali Lunxhërisë dont le plus haut sommet se trouve à 2 154m. Les villages sont tous accrochés aux pentes des deux montagnes, les maisons,  des masses massives de pierres grises avec des toits de lauzes ont beaucoup de cachets et annoncent clairement l’arrivée dans la ville de Gjirokastër, patrimoine mondial de l’humanité. Eglises et mosquées semblent se partager équitablement le ciel plombé. Les villages ressemblent à de petites oasis immergées dans une végétation dense alors qu’autour des petits centres habités ce n’est qu’herbe à chèvres et caillasses. Juste avant la grande ville, nous passons devant un barrage de police. Armés jusqu’aux dents, ils ne semblent pas être là pour plaisanter mais nous font signe de circuler. Nous parlerons plus tard de la raison de leur présence ici.

 

La plaine du Drinos
Village du Drinos



A Gjirokastër il n’y a pas de camping. Il va donc falloir trouver un hôtel pour passer la nuit. La ville, sur le modèle des villages, est construite sur les flancs de la montagne, versant ouest. Ou plutôt, la vieille ville, celle qui est classée au patrimoine de l’Unesco. La ville basse, elle, étend ses appendices jusque dans la vallée autour de la grande artère principale, le boulevard 18 shtatori. Il existe de belles adresses dans la citadelle. Loger dans une ancienne demeure ottomane n’est pas dénué d’intérêt, mais comment monter avec la caravane dans les ruelles pavées de la vieille ville ? Assez de frayeurs pour aujourd’hui. Nous nous arrêtons sur le grand boulevard commerçant à hauteur de l’hôtel First, un bâtiment avec une façade en verre où se reflètent les maisons de la vieille ville. Nous prenons une chambre avec salle de bain, un lit matrimonial et un lit simple, petits déjeuners inclus, pour 25€.  C’est presque le prix du premier camping. Il me reste juste à régler le problème du parking pour la voiture et la caravane, et des vélos que je ne veux pas laisser sur le porte vélo toute la nuit.

 

Gjirokastër Gjirokastër
L'hôtel First

 

Les gens se mettent en quatre, notamment un vieux réceptionniste qui ne parle ni un mot d’anglais ni d’italien pour nous accueillir. Je suis bien obligé de me débrouiller avec mes quatre mots d’albanais, et surtout, de me faire à ces signes de tête déroutants qu’on rencontre dans plusieurs endroits des Balkans. En effet, à l’inverse de nos codes que nous pensons parfois universels, en Albanie, certains disent oui de la tête en effectuant un petit geste de gauche à droite, et à contrario, inclinent la tête vers l’avant, de façon très brève, pour indiquer un refus, une impossibilité. C’est assez déstabilisant, surtout que naturellement, eux-mêmes sont désappointés par nos réactions. Cela peut virer au dialogue de sourds, mais le plus souvent à de bonnes rigolades. Lorsque je demande si je peux laisser les vélos dans l’hôtel, il me faut m’y reprendre à plusieurs fois pour comprendre que le chef qui dandine de gauche à droite est une approbation. Quant à la voiture et à la caravane, que j’avais laissées garées sur des places marquées face à l’hôtel, on m’invite vivement à les déplacer sinon je vais prendre une prune. On me fait alors garer l’attelage aux pieds de l’immeuble empiétant sur la chaussée et obligeant les piétons à contourner la caravane pour poursuivre sur le trottoir. C’est l’Albanie !
Les enfants, eux, sont hyper contents d’être à l’Hôtel. Pensez donc, il y a la télé dans la chambre. Sur le toit de l’hôtel il y a une grande terrasse avec un bar/café avec vue sur la citadelle historique et la vie du boulevard. Un beau poste d’observation. L’hôtel domine tous les toits plats des blocs où se superposent des réservoirs d’eaux. Tout en bas, dans une ruelle attenante à l’hôtel, une quinzaine d’hommes sont attablés autour de dominos et de rares cafés. Sur son toit, devant un petit appentis, un homme nourrit des pigeons.

 

 

Gjirokastër
La citadelle et les toits de la nouvelle ville

 

Gjirokastër
Le boulevard Shtatori 18


Gjirokastër Gjirokastër
Sur les toits de la ville

 

Gjirokastër
A la terrase de l'hôtel

Gjirokastër
Parties de dominos

Gjirokastër

Gjirokastër
La ville nouvelle

 

Dans le bar, nous croisons quelques jeunes filles dont je me demande si leurs tenues criardes et un peu foutraques, dénoncent leur véritable métier, ou si je ne suis qu’une mauvaise langue aux idées mal placées. A part nous, dans l’hôtel, nous ne croiserons que des policiers en uniforme. La brigade qui était sur la route loge ici. Relation de cause à effet ?   
Il est déjà tard quand nous nous décidons à chercher un restaurant. Pour la visite touristique nous verrons demain. La nuit tombe très vite. A 20h, je peux déjà prendre des clichés de notre fenêtre avec la ville qui s’illumine. Nous remontons tout le boulevard qui est fortement animé en soirée. Quand je pense aux débats sur le travail du dimanche chez nous, je ne peux m’empêcher de sourire en parcourant la ville basse. Ici, tout est toujours ouvert. La fermeture intervient quand il n’y a plus de clients, c’est aussi simple – et compliqué – que cela. A 21h passée, vous pouvez acheter des légumes au market du coin, choisir votre pantalon, chiner dans les chaussures usagées que cette friperie vend à même le trottoir, vous faire recoller la semelle par le cordonnier ou profiter de la fraîcheur du soir pour vous faire raser chez le berber - ce que je ne ferais pas de tout le voyage, un des regrets - ou vous faire permanenter chez la coiffeuse. Pour les hommes, le lieu de rendez-vous semblent être le stade de foot. En effet, tout autour du pré, courent une terrasse où la gente masculine peut boire son café en causant du dernier match ou de politique.
Au sommet du boulevard, nous trouvons une table où nous mangeons une sorte de ragoût de poulet sauce chasseur. Très fin et vraiment excellent. La table albanaise est plutôt une surprise agréable. Sa cuisine est bien plus variée que celle que l’on trouve dans les pays d’ex-yougoslavie. On y sent l’influence de la Grèce et de la Turquie dans beaucoup de plats, ce qui en fait une cuisine savoureuse et plutôt saine.

 

Gjirokastër
Au restaurant

 

La nuit nous poussons la clim à fond. Il fait extrêmement lourd, et vers 3h du matin la citadelle dont les murs restent illuminés toute la nuit, est le théâtre d’un spectacle époustouflant avec des éclairs de chaleur soudains détachant l’enceinte du château comme une ombre chinoise qui planerait sur toute la ville. Décidemment, les orages sont vraiment spectaculaires.

 

Gjirokastër
En pleine nuit

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1 : Parcours

Gjirokastër

29 juillet 2014

Derniers moments sur la plage

Demain, nous allons changer totalement de paysage en remontant vers l’intérieur des terres, en direction du lac d’Orhid, à la frontière macédonienne. Alors, aujourd’hui, nous allons profiter de la mer. C’est le moment que choisit Louna pour enfin abandonner frite et brassards et se lancer toute seule. La petite smala qui est arrivée hier n’y est pas pour rien. Dans cette famille recomposée de cinq enfants, il y a deux petites blacks que le couple a adoptées. L’une des gamines a l’âge de Louna, l’autre d’Ivann. La plus grande sait déjà nager. Alors, esprit de compétition oblige, Louna se lâche enfin. Nous passons ainsi la matinée sur la plage. Les gosses s’amusent ensemble avec notre gros orque gonflable. Ivann et la plus petite font des personnages avec les galets. Les rires des enfants se marient au roulement des galets que le flux et reflux de la mer malaxe inlassablement. La mer a été un peu plus agitée cette nuit, et elle est moins claire, plus laiteuse. Cela n’empêche pas le couple de la trouver fantastique. Ils remontent de Grèce, et d’après eux, c’est la plus belle plage de leurs vacances.

 

Livadh
Vacances

Livadh
Avec les voisines

Livadh
Il ne manque rien

 

Nous traînons jusqu’à 14h. Nous mangeons une salade à la caravane. Nous montons en voiture, histoire d’éviter la canicule et dans le but de rejoindre la plage de Gjipie, si possible de louer un pédalo. Nous sommes passés d’abord par la longue plage de Borsh, mais nous n’avons pas trouvé de petit bateau à pédale. Cette plage est tout aussi belle que celle de Livadh, mais moins sauvage, plus aménagée. Dommage que nous n’ayons pas pu aller à Gjipe (1). Ou plutôt que nous y ayons renoncé. Il fallait marcher un peu, mais avec cette chaleur accablante, personne dans la voiture n’avait envie de quitter la clim. Gjipe est une plage qu’on ne peut rejoindre que par la mer ou par un chemin. Elle est située à l’embouchure du canyon qui descend des environs de Vuno, là où les ocres rouges se détachent du vert profond du maquis. Un jour, peut-être…

 

Vuno
Du côté de Vuno

Vuno
Oliveraies vers Vuno

 

Alors, retour à Livadh et location d’un pédalo avec toboggan. Nous nous baladons le long de la côte, profitons à fond des derniers instants sur ce littoral. Les gosses sont comme des dingues. Avec masque et tuba, nous restons un bon moment à guetter les petits poissons. Aux dernières lueurs de la journée nous immortalisons des souvenirs de la plage. Les enfants posent devant les deux bunkers où des fleurs ont été taguées.

 

Livadh Livadh Livadh Livadh
Pédalo

 

Livadh
Bunker sur la plage

 

 

Himarë
La vue du vieil Himarë

 

Livadh

Livadh
Dernier coucher de soleil sur la mer Ionienne



Pour notre dernier soir, nous nous offrons un petit restaurant, « Anxhelos ». Sophie déguste une moussaka magnifique et je prends des calamars incroyablement tendres.

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1 : La plage de Gjipe

Source: Externe

Source: Externe

 

 

28 juillet 2014

Le mille-feuilles de Butrint

Nous nous sommes couchés avec les explosions et les couleurs d’un feu d’artifice, nous nous réveillons au petit matin sous les couleurs et les explosions d’un orage estival. Au large, les éclairs s’écrasent à l’horizon pendant que les monts Çikes se parent de pourpre.

 

Camping Kranea
Orage au petit matin

 

Aujourd’hui nous partons visiter Butrint, le plus grand parc archéologique albanais. Il se situe à deux pas de la frontière grecque, au sud de Sarandë. C’est l’occasion de conclure notre découverte de la Riviera. Après Borsh, où nous ne pouvons éviter de boire un café au restaurant Ujvara, la route poursuit pendant 30km sa chevauchée funambule. Encore plus évident que du côté de Himarë, les cultures en terrasses dessinent un paysage peint par le travail de l’homme. Les oliviers et les agrumes sont disposés sur des petits lopins de terre accrochés aux reliefs vertigineux. C’est Enver Hoxha qui avait développé ces cultures en s’inspirant du savoir-faire ancestral de la Chine en ce domaine. Prisonniers politiques et volontaires idéologues fournissant une main d’œuvre docile.
La mer, elle, offre toujours ces petites baies et immenses plages aux amateurs de bains d’iode. Avant d’atteindre Sarandë, la route longe une ligne de crête en contournant le cap Qefalit, bout de terre dénudé qui s’avance comme la proue d’un navire dans la mer. Au loin, dans quelques villages isolés de l’intérieur, nous apercevons de nouveau des mosquées.

 

Du côté de Lukovë
La mer sur la côte

Vers Sarandë
Paysage vers Sarandë

Vers Sarandë
Cultures en terasses

 

Le ciel se fait plus menaçant. Sarandë, comme pour bien marquer son rôle de capitale régionale nous accueille avec un joli bouchon urbain.
Petit port de pêche il y a encore quelques années, Sarandë est devenue la principale destination touristique des albanais. Si bien que la ville est un vaste chantier. Les immeubles poussent de partout sur cet amphithéâtre naturel, les grues sont omniprésentes, et le développement urbain semble mal maitrisé. Pourtant, il se dégage quelque chose de cet amas de buildings, comme un léger petit air de Monaco.

 

Sarandë
Sarandë, un Montecarlo albanais


Une fois dépêtré de la circulation anarchique du centre-ville, la route vers Butrint offre un paysage complétement différent. Elle passe sur une étroite bande de terre entre la mer et la lagune de Butrint. C’est un vaste lac saumâtre situé dans une zone marécageuse qui sert de refuge à bon nombre d’espèces menacées. La lagune fait partie de ces zones humides qui se raréfient dramatiquement et dont l’importance pour l’écosystème est largement sous-estimée. Dommage qu’un énorme orage ne nous permette pas de profiter pleinement de ce paysage entre ciel et eau. A Ksamil, autre petite cité balnéaire en train de se développer de façon effrayante, nous trouvons un restaurant, le « Angles Garden » parfait pour nos petits diablotins. Pizzas, petit train électrique, balançoires, toboggan gonflable, divers jeux  de parc… l’Albanie pense même aux parents. L’arrêt est judicieux, quelques bouchées de pizzas plus tard, le soleil repointe son museau et en quelques minutes tout est sec.

 

Ksamil Ksamil

Ksamil Ksamil
Angels Garden, un restau spécial enfants

 

Nous voici donc à Butrint, patrimoine mondial de l’humanité. Le site archéologique est un mille-feuille historique où l’on peut admirer des vestiges qui courent du IVème siècle av J-C, jusqu’à la citadelle érigée par Ali Pacha en 1807. Illyriens, grecs, romains, byzantins, angevins, vénitiens, français … tous ont laissé les traces de leur domination.
C’est vraiment un site exceptionnel, dans un environnement qui ne l’est pas moins. La cité antique est posée sur une colline entourée par l’eau du lac de Butrint, lui-même relié à la haute mer par le canal Vivari. La végétation luxuriante avec ses eucalyptus, les vues sur la lagune et sur Corfou, sont autant d’atouts supplémentaires à sa longue et richissime histoire. Je ne pense pas qu’il existe beaucoup de site où l’on peut en quelques mètres à peine admirer un théâtre grec édifié au IIIe siècle av J-C, des bains romains, un baptistère – dont la formidable mosaïque n’est pas visible (1), elle est protégée par une bâche – et une basilique byzantine ou un fortin vénitien. Sur le sommet de la colline, protégé par les immenses murs de différentes civilisations de la cité, se tient l’acropole où l’on peut jeter un œil aux objets découverts sur place dans un petit musée. Un petit sentier bien au frais sous les eucalyptus fait le tour des anciens murs de la cité et dégage des vues superbes sur le lagon.
Des panneaux explicatifs permettent de se renseigner sur l’histoire de la cité, et notamment ses différents aspects urbains au fil des siècles. Les gosses s’amusent à jouer aux archéologues en herbe, s’inventent un tas d’aventures et j’ose espérer que ces vieilles pierres leur donneront le goût de l’Histoire, le respect  et la curiosité pour toutes les civilisations. Si le site était réputé pour être un nid à serpents, nous ne verrons que des tortues inoffensives se prélasser au soleil sur des pierres millénaires. Ce qui fait le bonheur d’Ivann et Louna.

 

Butrint
Le canal Vivari et les défenses vénittiennes

 

Butrint
Le théâtre grec

Butrint Butrint
Butrint Butrint
Visage grec, baptistère, thermes romains, une des tortues du site

Butrint
Les portes des remparts

Butrint
Au coeur du parc de Butrint

Butrint
Basilique byzantine

Butrint
Les panneaux explicatifs

 

Si je ne devais retenir qu’une seule chose de ce parc, ce serait sans aucun doute les différents murs des remparts de la citadelle, et notamment les murs pré-hellénistiques. Les blocs sont énormes et certains pans sont de véritables puzzles qui ne sont pas sans rappeler des édifices incas. Je n’avais jamais eu l’occasion de voir de telles constructions défensives.

 

Butrint
La porte du Lion, IVe siècle av J-C

Butrint
L'une des portes de l'enceinte pré-hellénistique

Butrint Butrint
Les murs impressionnants de la cité

 

Pour rejoindre la frontière grecque, à 15km, il faut emprunter un bac tiré par un câble pour traverser le canal Vivari.

 

Mais les enfants ont plutôt choisi le goûter au « Angels Garden ». Je voulais faire une halte à Ksamil (2), sur une des plages cartes postales, sable blanc, eaux turquoises, petite île joignable en pédalo, mais il y a bien trop de monde pour s’arrêter. J’ai bien peur que Ksamil ne soit en train de vendre son littoral au diable.
De retour dans les parages de Sarandë, nous montons au sommet de la citadelle de la ville. Là, dans les murs d’une forteresse retapée, se trouve l’une des plus belles terrasses de l’Albanie. C’est très classe, et la clientèle est très friquée. Dans « Tirana Blues » de Fatos Kongoli (3), les personnages viennent de Tirana tout exprès pour dîner dans ce restaurant. Je comprends mieux pourquoi il a choisi ce lieu dans l’intrigue de son roman. Autant dire, qu’en shorts, teeshirts, sandales en plastoc, nous faisons un peu tâche dans ce décorum. Mais tant pis, nous profitons du coucher de soleil en admirant le panorama. Et comme on prépare la sono pour le soir, les enfants nous gratifient d’une danse des fous sur la terrasse, ce qui fait bien sourire les gens attablés.  Les tentacules de Sarandë s’étalent toujours plus haut dans la colline et toujours plus loin du centre. A un jet de pierre, la masse sombre de Corfou la grecque flotte sur la mer Ionienne. Si proche. Je ne peux m’empêcher d’imaginer ce paysage pendant la période totalitaire. La liberté à une brasse. Les bunkers qui cerclent la colline viennent tout de même me rappeler que la surveillance devait atteindre son paroxysme dans ce détroit. Deux mondes qui s’observaient en chien de faïence, la géographie de la guerre froide prend ici tout son sens. Aujourd’hui, les ferries qui se dirigent vers la Grèce glissent sur cette mer d’huile, tous feux allumés dans le crépuscule naissant.

 

Sarandë

Sarandë
Sur la terrasse, en face de Corfou

 

Sarandë Sarandë

Sarandë Sarandë
Ca guinche !

 

 

Le retour dans la nuit sera assez crispant, surtout que je dois patienter pendant des kilomètres derrière une voiture pas très pressée, ou trop crispée. Avec tous ces virages, impossible de doubler. Au camping, juste à côté de la caravane, nous avons de nouveaux voisins français. Un camping-car que j’avais aperçu sur la route dans la journée et dont je me souviens bien, car il tirait une remorque. Drôle d’attelage. Nous mangeons au restaurant du camping. C’est moins standing qu’à la citadelle de Sarandë, mais nous pouvons rester en sandalettes sans mauvaise conscience.

 

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1 : Les mosaique cachée

Source: Externe

 

 

2 : Ksamil en photo

Source: Externe

Source: Externe

 

3 : "Tirana Blues" de Fatos Kongoli

 

27 juillet 2014

La côte merveilles

Je remonte sur le vélo pour effectuer un tour sur ce littoral exceptionnel. Rejoindre Jal est un enchantement. Petit chemin qui ménage superbe vue sur « notre » plage avec sa mer d’huile, calme, et vide. La sérénité inviterait à la contemplation méditative.

 

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La plage et la côte de Livadh

 

Autour de la plage de Jal, je trouve bon nombre de jeunes gens en train de dormir dans leurs voitures, d’autres enroulés dans leurs duvets sur la plage, où quelques tentes ont élu domicile. Ca sent les soirées mousses, l’alcool et la fête…  et quelques maux de tête si  j’en crois quelques visages. Jal est devenu « La Plage » où les nightclubbers viennent s’éclater. Autant dire qu’elle a perdu de son authenticité, malgré la beauté du cadre.

 

Jal Jal
La plage de Jal

 

Je remonte sur Vuno, perchée 300m plus haut. Très beau village en balcon sur la corniche. Des églises cachées, des vieilles maisons en pierre, des toits de tuiles rouges. A la sortie cohabitent une stèle communiste avec son étoile rouge et une petite chapelle orthodoxe en bien mauvais état. Un véritable canyon se déverse dans la mer. Des formations rocheuses de couleurs ocres, qui rappellent vivement celles de Roussillon en Provence,  se détachent de l’océan vert du maquis et le bleu profond de la méditerranée en arrière-plan.

 

Vuno
Vuno

Vuno
Vuno

Vuno
Etoile rouge et chapelle

 

Vuno
Les ocres de Vuno

 

La route fait la montagne russe sur le relief, les pourcentages ne sont pas négligeables. Illias. Petit hameau de quelques maisons, un bus immatriculé en Grèce s’arrête sur le bord de la route. Une famille en sort avec ses bagages, et tombent dans les bras de ses proches qui les attendaient. Je suis le témoin en sueur de l’effusion des retrouvailles.
Juste au-dessus de la vaste plage de Dhërmi, je trouve un vieux chemin empierré qui va me mener à un petit monastère. Dommage qu’une décharge sauvage gâche l’entrée du sentier. Ensuite, c’est une immersion dans une oliveraie sensationnelle. Les arbres sont centenaires, le chemin magnifique mais difficile à vélo à cause des rochers. De petites rigoles d’irrigation - ce que je n’avais jamais vu dans d’autres pays d’olives - forment un véritable réseau hydraulique au milieu des oliviers. Encore un travail de titan. 

 

Oliveraie
Au milieu des olives

 

Dans ce décor,  les ruines du monastère Saint Théodore font un peu tâche. Etrange lieu que ce monastère. Une allée pavée flambant neuve parvient au sommet d’une colline où le lieu de culte vous attend. Mais ce ne sont plus que des murs noircis par un incendie, des pans de murs tagués ou écroulés, une tombe sous un olivier, une croix posée à même le sol. Accident, pillage, abandon simple, expulsion par le régime, je ne sais trop quoi penser à son sujet. Pourtant, l’aménagement tout autour montre que le monastère requiert de l’attention.

 

Monastère St Théodore
Une croix au monastère

 

Je rejoins la nationale pour retrouver le camping. Je passe un col, le Qafa e Viches, à 374m, je pourrais le compter dans mes stats cyclistes. Juste en contre-bas vit une famille de gitans, des baraquements de tôle,  dans la puanteur terrible d’une décharge. La vie n’est pas égale pour tous…


Himarë se divise en deux parties bien distinctes. Le vieux bourg historique se perche sur un éperon rocheux. La nouvelle ville se love dans une petite baie au bord de la mer. Il est encore tôt, et j’en profite pour arpenter les ruelles de la vieille Himarë. Les ruines abandonnées alternent avec quelques maisons réhabilitées. Au sommet, une ancienne forteresse coiffe la cité et permet d’avoir une vue inouïe sur la plage de Livadh où ma petite famille doit être en train de se réveiller tranquillement. 35km au compteur, et presque 1 000m de dénivelé, quand je disais que le littoral Ionien n’est pas plat…

 

Himarë
Livadh depuis Himarë

Himarë
Couleurs grecques

 


Nous filons après une baignade dans les eaux limpides, du côté de Borsh, pour manger dans un restaurant génial. Le paysage se modifie sensiblement au sud d’Himarë. Le maquis vert cède la place à des paysages totalement dénudés où les agaves deviennent les seuls arbres de la côte. Nous laissons Porto Palermo et le fort de Ali Pacha que nous viendrons visiter en fin de journée, quand la chaleur sera légèrement atténuée.
A Borsh, comme ailleurs, le village se tient en hauteur alors que la plage aligne ses kilomètres de galets en contre-bas derrière une petite plaine envahie par les oliviers et les agrumes. 

 

Borsh
Paysage de Borsh

 

Mais Borsh est surtout l’endroit idéal pour une pause rafraîchissante. Un restaurant, le Ujvara, est posté dans un lieu idyllique par cette chaleur. La cour intérieure est une succession de petites terrasses qui surplombent l’eau glacée d’une petite rivière formant des cascatelles. Un énorme plat de pâtes aux fruits de mer en écoutant la mélopée de l’eau qui jaillit avec force, voilà la « dolce vita » à l’albanaise. Il fait vraiment bon de s’attarder à cette terrasse. Les libellules qui viennent tournoyer autour des clients ne se trompent pas elles-aussi. Le coin est paradisiaque.

 

Ujvara

Ujvara

Ujvara

Ujvara Ujvara
Un restaurant rafraîchissant

 

Et que dire de Qeparo, que nous partons visiter après avoir bien digérer notre repas ? Un peu comme à Himarë, le vieux village qu’il faut rejoindre par une route bétonnée, étroite et raide, est un savant mélange de ruines et de maisons en instance de réhabilitation. Le monument était en péril, mais plus pour longtemps. Le potentiel touristique est énorme. Juste pour la vue qui découvre toute la côte au sud avec la ligne sombre des crêtes de Corfou, et des montagnes arides et pelées au nord, véritable invitation à l’exploration. Ainsi, nous faisons le tour des ruelles escarpées, avec ici ou là une porte bleutée pour rappeler la Grèce et des lauriers roses qui grimpent sur des murets.

 

Qeparo
Le vieux Qeparo

 

Qeparo
Lauriers roses dans les rues

 

Qeparo
Vue de Qeparo

 

Qeparo
Qeparo avec Corfou

 

Qeparo
Ruelle de Qeparo

 

Qeparo
Qeparo, côté montagne

 

Porto Palermo est un endroit à ne pas manquer, tout d’abord parce que le site naturel est de toute beauté. Voilà une partie du littoral qui révèle la latitude de ces contrées. Chaleur étouffante qui cogne sur des  sommets déboisés. Des touffes d’agaves qui renforcent le côté désertique, celles  en fleurs qui s’élèvent comme les sentinelles de cette magnifique anse naturelle.

Porto Palermo
Agave en fleur

 

Deux caps rocheux s’avancent dans la mer et protègent le site des vagues du large. Au milieu de ce décor, une petite presqu’île baigne dans l’eau cristalline, sur ce petit radeau de terre, on y trouve la forteresse triangulaire de Ali Pacha de Tepelena.

 

Porto Palermo
La forteresse d'Ali Pacha

 

Voici un personnage assez étonnant. Habile diplomate et homme à poigne, rusé et cruel,  Ali Pacha nommé gouverneur de l’Epire par les ottomans en 1787, jouera de ses talents politiques pour dominer un territoire qui s’étendait dans tout le sud de l’Albanie et dans le nord de la Grèce, jusqu’à Corfou et avait pour capitale, Ioannina. Mais ses velléités d’indépendance eurent raison de la patience des ottomans, et en 1822, sa tête fut apportée sur un plateau au Sultan à Istanbul. Entouré de nombreuses légendes qu’il aimait lui-même entretenir, Ali Pacha reste une figure emblématique pour les albanais, sans doute pour son indépendantisme, mais aussi, parce que l’on peut encore apercevoir de nombreuses fortifications qu’il a fait ériger - à Corfou, Ioannina, Butrint, Tepelena, Libohova, Gjirokastër et donc à Porto Palermo.

L’intérieur de la forteresse se visite en quelques minutes. Il vaut mieux avoir une lampe pour se balader dans le dédale des pièces sombres. Le clou de la visite est la vaste terrasse d’où la vue sur les plages de l’isthme est remarquable.

 

Porto Palermo
A l'intérieur de la forteresse

 

Porto Palermo
La terasse du fort

Porto Palermo
Vue sur l'isthme

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Porto Palermo

 

L’eau cristalline nous appelle et nous ne tardons pas à échanger shorts contre maillots de bain pour piquer une tête. Baignade au milieu d’une multitude de petits poissons en évitant de marcher sur les nombreux oursins ;  et fermer les yeux sur les pneus de camions abandonnés, comme des épaves, au fond de la mer. Pendant ce temps-là, des pêcheurs reviennent amarrer leur chalutier sur un quai.

 


Porto Palermo
L'eau claire de Porto Palermo

 

Sur le minuscule isthme qui relie le fort à la terre ferme, il y a une petite cahutte aux murs jaunis qui fait restaurant, une minuscule petite église et quelques bâtiments ouverts aux quatre vents qui servent d’entrepôt pour des herbes - sauge, origan, estragon, et une plante tiré d’un bosquet que je ne connais pas – récoltées à la main, et qui sèchent au soleil, avant d’être stockées dans des gros baluchons.

 

Porto Palermo
Herbes au séchage

Porto Palermo
Les herbes de Porto Palermo

 

Le coin est également un spot pour camping-car. Ils viennent installer leurs gros engins et passent quelques nuits gratuites au bord de l’eau. Nous croiserons d’ailleurs un turinois que nous avions rencontrés au camping Berat. L’Albanie est un petit pays et il n’est pas rare que les touristes se recroisent au cours de leur pérégrinations. C’est aussi l’occasion de discuter avec un jeune couple belge d’origine albanaise. Comme il me l’explique, il y a vraiment très peu de temps que les albanais expatriés reviennent passer des vacances dans leur pays d’origine. Avant, ils se contentaient de revenir au « bled », mais aujourd’hui ils partent à la découverte de leur patrimoine culturel et naturel. Ils sont touristes parmi les touristes, et même eux, surtout eux, vu qu’ils parlent la langue, sont enthousiasmés par la gentillesse des gens et surpris par la qualité des infrastructures touristiques. D’autant plus, qu’elles sont extrêmement abordables pour nous tous.

On ne peut  pas terminer la description de Porto Palermo sans mentionner une autre curiosité, sans doute bientôt accessible aux visiteurs. La baie abritait à l’époque communiste une base navale pour sous-marins. On aperçoit dans une anse l’entrée d’une galerie, longue de plus d’un kilomètre paraît-il, où s’amarraient les navires de guerre.

Nous ferons quelques courses dans un market d’Himarë, tentant comme nous le pouvons, de traduire les mots albanais de la boucherie. Quatre steaks de vici (veau) que je ferai griller. Mais la viande est un peu dure et le barbecue du soir ne sera pas une grande réussite.

26 juillet 2014

Entre mer et montagne

Le littoral Ionien est une petite merveille de la méditerranée. Du Llogara Pass jusqu’à Sarandë, la route joue à saute-mouton pendant cinquante kilomètres avec le relief. La chaussée, en corniche, longe la longue chaîne montagneuse, ménageant des vues spectaculaires sur les plages blanches de galets et le turquoise de la mer. La côte est une succession de petites baies ourlées de superbes plages. Certaines d’entre-elles ont encore conservé un aspect sauvage bien que la plupart commencent à être aménagées pour le tourisme. Presque inaccessibles il  n’y a encore que trois/quatre années, elles sont toutes équipées aujourd’hui de belles routes récemment goudronnées. Les plages de Dhërmi,  Jal, Livadhi, Borsh, Bunec, Lukovë, Kakove s’égrènent ainsi jusqu’à Sarandë, la dernière ville avant la frontière grecque. Si le tourisme pointe le bout de son nez, vous verrez des parasols - toujours ou presque en roseaux, fabriqués par les gitans - des chaises longues et des paillotes, ce n’est pas non plus la foule de la Côte d’Azur ou de la Costa Brava. Pas de marinas, pas ou - si peu - de hors bords et de jet ski, des planches à voile inexistantes, quelques kayaks isolés, et même les pédalos, il n’est pas facile d’en trouver. Il y a fort à parier que cela risque d’évoluer rapidement. Le New York Times a même osé classer la côte albanaise en quatrième position des destinations « où il faut aller » ! « C’est l’Europe quand elle était encore fraîche et pas chère ! ». Je soupçonne tout de même la nombreuse diaspora américaine d’avoir eu quelques influences dans ce classement. Nous croisons d’ailleurs plusieurs voitures immatriculées USA dans les parages. Toujours est-il que ces petites baies offrent aux promoteurs la possibilité d’installer de vastes camps de vacances et de précipiter une urbanisation sauvage et mal maîtrisée. Dernièrement, le gouvernement albanais avait pris des mesures pour raser les constructions illégales tout en permettant d’accélérer la délivrance des permis de construire. C’est un fragile équilibre que l’Albanie devra trouver entre la préservation de son patrimoine naturel et son développement touristique.

Nous nous sentons tout de suite bien dans ce petit camping. La caravane posée sous un olivier qui nous sert de parasol, à deux pas de la plage. Des hôtes, un couple avec une enfant de l’âge d’Ivann, très affables ; et des sanitaires parfaitement entretenus, une fois de plus.  Et puis, avec la caravane, qu’importe si le sol est caillouteux. Nous dormons dans de vrais lits. Et ça fait la différence.

 

Camping Kranea
La petite boîte au camping


Inutile d’être devin pour imaginer que nous passerons la matinée sur la plage. La mer est d’une couleur turquoise incroyablement belle. Louna sort son appareil photo étanche et nous nous amusons à faire quelques images sous-marines. Le ciel est d’une limpidité absolue, pas un nuage sur ce bleu que n’aurait pas renié Klein. D’ailleurs, ces galets ne sont pas sans rappeler ceux de Nizza la Bella.

 

DSCN1259
Glouglou

 

Livadh

 

Livadh

 

Livadh
Sur la plage de Livadh


Avec Ivann ,nous faisons quelques courses dans un minimarket au doux nom de Alex & Sofi, ça ne s’invente pas, et je prépare ma spécialité estivale, une salade de très gros haricots blancs, oignons et thon en miette arrosés d’huile d’olives et de vinaigre.  

Lors de nos derniers voyages, nous avons toujours préféré nous poser quelques jours à chaque étape sans repartir le lendemain pour un autre trajet, un autre lieu, un autre camping. Fini le temps où nous parcourions un pays en quatre journées. Bien sûr, cela ne permet pas de « faire » tout un pays, nous loupons forcément des choses. Mais, en contrepartie, en restant un peu plus longtemps à chaque endroit, nous pouvons l’approfondir.  Ainsi, hier, pris par le brouillard et un peu par le temps, nous n’avons pas pu nous arrêter longuement sur la route du col. Nous y retournons donc pour apprécier calmement le paysage.

L’un des attraits  non négligeable de cette côte, ce sont également ses villages plantés en vigie sur la corniche. Ils s’agrippent aux contreforts de la montagne, gardant leur distance avec la mer en contre-bas. Contrairement à nombre d’endroits en Albanie, ici, le village a conservé son plan ancien, son passé historique, son authenticité. Les méfaits urbanistiques de l’Homme Nouveau semblent ne pas avoir eu de prise – ou très peu – sur ces hameaux dont on se demande s’ils sont montagnards ou maritimes. Ainsi, Vuno ou Dhërmi offrent aux visiteurs leurs vieilles bâtisses en pierres, des ruelles en escaliers, et des petites églises orthodoxes qui témoignent de l’hellenicité de la région. Une ou deux terrasses de café figées dans le temps. Pour les hôtels, il faut rejoindre les plages. A Dhërmi, par exemple, les maisons s’étagent dans un vallon d’où coule une source d’eau fraîche – les habitants venant s’y approvisionner avec de grands cubis – et dont la coupole de la petite église arbore fièrement le bleu turquoise du drapeau Grec.

Dhërmi

Dhërmi

Dhërmi
Dhërmi, un des villages de la côte

 

Dhërmi
4x4 albanais


La montée au Llogara Pass est bien plus aisée sans la caravane. La route n’en est pas moins sublime, chaque épingle à cheveux est l’occasion d’apprécier un autre point de vue sur la mer ou la montagne.

 

 Llogara Pass
Les lacets du Llogara Pass

 

Côte Ionienne
La plage de Dhërmi

 

Llogara Pass
En montant au Llogara Pass

 

Sur ce versant sud, la végétation est rase, de type maquis, le contraste avec le versant nord, totalement boisé est d’autant plus saisissant. Sur ce flanc de montagne, les conifères sont en leur royaume. Pins noirs et sapins se partagent le sol rocailleux, et le Flag Pine, est devenu l’un des étendards du pays avec ses immenses  branches qui semblent voler au vent.

 

Llogara Pass
Le Flag Pine

Llogara Pass
L'étendard de la Côte

 

On peut également trouver plusieurs petits hôtel ou restaurants, cachés dans la fraîcheur de la forêt. Le plus connu est le Tourist Village, un lieu qui date de l’époque communiste mais qui ravira mêmes les moins nostalgiques du marteau et de la faucille.  Au centre d’un parc arboré se trouve un bel édifice - avec piscine dans l’impluvium s’il vous plaît – entouré par une dizaine de chalets ouverts à la location. Sur la pelouse bien tenue, paradent quelques daims qui suivent les touristes dans l’espoir de glaner des graines de maïs vendues à l’entrée. Etonnante atmosphère à seulement dix kilomètres des plages.

 

Llogara Pass Llogara Pass
Les daims du Tourist Village

 

Nous replongeons sur la côte vers une plage encore sauvage mais dont des grands panneaux publicitaires nous annoncent, comme des oiseaux de mauvaises augures,  que d’ici peu un « resort » sortira du sable.

 

Plage de la Ionienne
Ici, bientôt, un village touristique

 

Nous nous baignons dans l’eau ultra limpide pendant que des parapentistes s’amusent dans le ciel. Sur la plage, de nombreux camping-cars ou fourgons aménagés semblent avoir trouvé l’endroit idéal pour passer des vacances à moindre frais. Parmi eux, il y a une famille de Voiron avec qui nous échangeons quelques mots. Faire la planche dans l’eau transparente et admirer des montagnes de plus de 2000 m à travers les doigts de pieds en éventail, voilà quand même une assez bonne définition du mot vacances. Descendus du ciel, deux parapentistes, des français, atterrissent sur la grève, encore considérés comme des hommes volants par les petits albanais qui les regardent avec admiration.

 

Côte Ionienne
Mer et montagne

 

Côte Ionienne
Plage sauvage

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Jeux


Le paysage est vraiment remarquable sur cette « riviera albanaise ». Bien que nous soyons au sud,  le vert du maquis domine. Un vert sombre qui contraste fortement avec les hauts sommets dénudés, le bleu du ciel et le liseré turquoise de la mer qui devient marine puis sombre au large. Et puis, à perte de vue scintille l’argent des oliviers centenaires, agrippés au relief. Paysage façonné par le labeur des hommes.
En rejoignant le camping, nous nous arrêtons acheter un pot de miel à l’un des nombreux étals qui attendent le client sur le bord de la chaussée. Ils proposent tous de la propolis. C’est une résine végétale utilisée par les abeilles comme mortier et anti-infectieux pour assainir la ruche. La propolis est notamment utilisée en médecine pour ses propriétés thérapeutiques (Anti-infectieuses, anesthésiantes, cicatrisantes, anti-inflammatoires mais aussi pour soulager sinusite, rhume, maux de gorge, angine etc …) Je n’avais pas la moindre idée de ce que ce pouvait être avant d’avoir pu, par la magie d’internet, taper ce mot dans la barre de recherche de google.

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